‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 181 sur 307 · CAHIERS DES BAILLIAGES · texte numérisé non relu

CAHIERS DES BAILLIAGES

meutes qui ne valent pas la peine d'être nommés. Tous ces polissons-là avaient profité d'une assemblée de Chambre, où, à l'exception du président d'Aligre et de deux ou trois autres imbéciles, aucun grand chambrier n'avait assisté. Ceux qui alors connaissaient les véritables inté* rets de la magistrature sentaient à merveille que le Parlement serait la première victime immolée aux projets de M. Necker.

Il ne faut pas se le dissimuler, rien n'était moins royaliste que les cahiers rédigés dans tous les bailliages et au nom des trois ordres. Ils n'avaient pas été imprimés sans dessein, et une des premières fautes commises avait été d'en souffrir la publicité. Rien, dès lors, n'était plus vrai, et je ne connais qu'un seul homme qui ait osé le dire avec courage : c'est M. l'évéque d'Arras (1). Élu député du clergé de sa province pour le représenter aux États, il eut le bon esprit de refuser ce titre, et déclara qu'il ne serait jamais porteur de mandats aussi contraires aux anciennes lois de la monarchie. Cependant, il n'était plus au pouvoir du Roi de parer le coup terrible que lui portait l'opinion générale, dont ces cahiers étaient regardés comme un témoignage presque unanime. Quel fut donc le parti que nous prîmes? Blâmer cette publicité n'était pas en arrêter le mauvais effet. Nous crûmes devoir :

1759, entra au Parlement de Paris comme conseiller aux enquêtes en 1777, fut nommé envoyé extraordinaire en Belgique en 1790, ambassadeur & Gênes en 1791 , à Constantinople en 1793. Arrêté avec Maret, par ordre du gouvernement autrichien, lorsqu'il se rendait à ce dernier poste, il fut échangé, en 1795, contre la fille de Louis XVI; aida au 18 Brumaire, devint conseiller d'État, ministre plénipotentiaire en Hollande en 1799, sénateur en 1805, grand référendaire delà Chambre des pairs de 1814 à 1834, et mourut à Paris en 1839.

(1) Léon-François-Marc-Hilaire de Couzié, nommé évêque d'Arras le 21 août 1769, mort à Londres en décembre 1804.

l*" opposer à cette fausse et dangereuse opinion la traditioa constante du Parlement et les maximes fondamentales par lesquelles, à toutes les époques de la monarchie, il avait défendu notre ancienne constitution ; 2* ne regarder ces funestes cahiers que comme les matériaux encore informes des véritables cahiers qui, après un examen et une refonte, deviendraient l'ouvrage des trois Chambres et seraient présentés au Roi comme le vœu général des États.

Aussi, dans un préambule historique, où j'exposais Tétat actuel des choses et blâmais la publicité donnée à des cahiers qui ne devaient être connus qu'après que le Roi les aurait lui-même reçus, j'ordonnais la suppression desdits imprimés et la remise des originaux, dont les députés étaient porteurs, entre les mains des secrétaires des trois Chambres. Ma déclaration, qui devait être enregistrée avant l'ouverture des États, enjoignait aux trois ordres de nommer, chacun dans sa Chambre, une commission chargée de rédiger le cahier général de son vœu, formé d'après les pétitions des assemblées de bailliages, afin que le Roi, auquel ces trois cahiers généraux seraient présentés, pût, en les réunissant et en les comparant, connaître l'opinion et le vœu du plus grand nombre des députés.

Cette méthode avait été suivie dans les dernières tenues d'États généraux; rien n'était plus aisé à vérifier, et il était impossible de citer une seule de ces Assemblées où, dèsJ la première séance, on eût commencé par supposer qu'il n'y avait en France ni monarque ni constitution monarchique : cette horrible hypothèse était de l'invention de Mirabeau et du duc d'Orléans.

Par là, nous écartions l'embarras des cahiers et nous prévenions le mal résultant de leur publicité. Mais il fal-

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