‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 182 sur 307 · CREDO POLITIQUE DE TOUS LES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

CREDO POLITIQUE DE TOUS LES FRANÇAIS

lait faire plus encore, il fallait, avant d'ouvrir les États, environner le trône de cette Cour des pairs qui avait alors tant d'intérêt à le défendre; il fallait assurer au Roi le pouvoir législatif, l'une et peut-être la première des lois fondamentales dont le Parlement a toujours été le gardien; il fallait enfin que le même souverain qui, dans les Ëtats, allait consulter les députés de la nation dont il n'était là que le chef, l'ami et le père, pût, si son autorité était méconnue, repasser dans cette Cour plénière où son trône était placé, et où il était en droit de juger les décrets et de punir la licence individuelle des membres de l'Assemblée, car ce n'était que là qu'il devait donner la sanction aux décrets de cette Assemblée.

Ce fut pour indiquer cette double fonction du monarque que, dans les trois derniers articles de notre déclaration, je plaçai, comme lois fondamentales, les arrêtés mêmes du Parlement, dont je ne fis que transcrire les termes. Je partis, pour cela, d'un petit ouvrage que j'avais donné au public quelque temps auparavant, et que j'avais intitulé le Credo politique de tous les Français (1). C'était un abrégé, un sommaire de toutes nos lois fondamentales, destiné à éclairer les députés. Là, je supposais la liberté de la presse, et je trouvais même très permis que, sur le pouvoir des rois, on pensât autrement que le Roi; mais j'appuyais sur le droit qui appartenait <aussi au souverain de ne confier ni offices, ni dignités, ni aucune espèce de fonctions publiques, à quiconque refuserait de le reconnaître comme son roi et son souverain.

Telle était cette déclaration qui rendit à nos princes, dans les premiers mois de 1789, l'espérance de sauver la monarchie trop ouvertement attaquée par >I. Necker,

(1) Ce petit ouvrage est compris dans VAcjuii de ma conscience , ir' LV du catalogue des ouvrages de Moreau.

M. Barentiii me témoigna combien Louis XVI en avait été satisfait, et comme je demeurais toujours à Villed'Avray, où je n'étais pas encore brouillé avec M. Thierry, j'avais soin d'aller de temps en temps à Versailles afin de savoir où nous en étions de nos espérances. J'avoue que, voyant de près et la faiblesse du garde des sceaux et celle, plus grande encore, de notre malheureux roi qui tournait à tout vent, je pris la résolution de me détacher entièrement de toute espèce de fonctions publiques, si ces derniers efforts de ma part ne produisaient pas un important changement. C'était même pour cela que, dès la Qn de 1788, j'avais fait régler ma retraite.

Peu de jours après mon retour d'Arnouville, Monsieur me sembla, un matin, radieux et plein de conûance. Il me dit, d'un air riant, que le Roi et sans doute la Reine, car elle était plus puissante que jamais, étaient bien décidés à composer un autre ministère. Mon enchantement ne fut pas long : il dura, je crois, à peu près une semaine. Monsieur m'avertit tristement que le Roi ne promettait plus rien et que nous étions déjoués. Ce fut le terme dont il se servit : cette expression peu noble ne m'a jamais plu, même dans sa bouche.

Monsieur, cependant, ni M. le comte d'Artois ne me parurent encore désespérer de rien : il leur était impossible, à l'un et à l'autre, de prévoir que les Ëtats, même s'ils se tenaient à Versailles, produiraient l'effroyable révolution que j'avais annoncée, ainsi qu'on le verra bientôt, dans la préface de mon Exposition et défense; ils m'exhortèrent fort à continuer d'agir de concert avec eux; ils m'inspirèrent quelque courage, et, comme je n'ai jamais connu ni l'art de l'intrigue ni les chemins détournés, je me fis un honneur de combattre de front tous ceux qui, déjà nommés représentants de la nation.

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