‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 194 sur 307 · L'IMPÉTUEUX D'ESPRÉMESNIL · texte numérisé non relu

L'IMPÉTUEUX D'ESPRÉMESNIL

d'autre gouvernement que celui dont le président M on« tesquieu (1) avait fait le plus bel éloge. Quand le bon vin l'eut un peu radouci sur mon compte, il daigna m'avouer qu'il ne connaissait de moi qu'une seule bonne production» ma chanson sur le Bal des 7nères, et il m'exhorta à me livrer à ce genre de poésie légère. Enfin, il m'en dit tant que je finis par m'impatienter, en lui déclarant que mon titre d'historiographe de France me prescrivait des devoirs auxquels je serais fidèle, et qu'il ne tiendrait pas à moi que sa doctrine n'échouât contre des principes dont le Parlement lui-même avait toujours été, dans tous les temps, le défenseur le plus zélé. Il voulut alors m'expliquer la doctrine du Parlement; je refusai de l'entendre et lui assurai qu'avocat depuis 1741, je la possédais mieux que lui.

J'avais, au reste, si bien gravé dans ma mémoire cette longue conversation, qu'immédiatement après dîner, je récrivis tout entière. Mon secrétaire la copia dès le soir, et le lendemain matin elle fut remise à M. le comte d'Artois, qui, effectivement, ne s'est jamais laissé aborder par ce malheureux magistrat, lequel depuis a eu tant

(1) Charles de Secondât, baron de la Brède et de Montesquieu, né au château de la Brède, près de Bordeaux, le 18 janvier 1689, conseiller au parlement de Bordeaux en 1714, président k mortier en 1716; préférant À la procédure les études historiques et scientifiques, il composa, vers cette époque, un traité sur la Politique des Romaim dans la religûm et un Essai ou projet d*histoire physique de la terre, donna, en 1721, ses Lettres persanes, vendit sa charge en 1726, fut élu àFAcadémie française en 1727, parcourut alors l'Europe, séjourna deux ans en Angleterre, s'y éprit du gouvernement parlementaire, se retira ensuite au château de la Brède, écrivit son ouvrage intitulé : Causes de la grandeur et de la décadence des Romains, qui parut en 1734, publia à Genève, en 1748, son Esprit des lois, où il passait en revue les législations connues et émettait des théories si dangereuses pour le pouvoir absolu qu'il n'avait pas osé le faire imprimer en France. Dés lors, usé par le travail, il sentit ses forces décliner et mourut à Paris le 10 février 17SK».

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