‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 195 sur 307 · II · texte numérisé non relu

II

de raisons d'accuser sa propre folie et de reconnaître la vérité de mes principes. Aujourd'hui qu'à son souvenir j'éprouve une réelle pitié, je suis quelquefois tenté de me reprocher les démarches que je fis pour l'éloigner de la maison de Mme de Polignac. et pour ôter à M. le comte d'Artois toute curiosité de s'en approcher davantage. Sur cela, cependant, je me pardonne à moi-même, car, quoiqu'il soit parfaitement revenu aux vrais principes de la saine magistrature , et qu'il ait même très publiquement demandé pardon au Roi de ses écarts, je n'en suis pas moins convaincu qu'il eût été absolument impossible de tirer aucun bien d'une pareille tête, soit dans les États, soit dans le Parlement.

A l'époque dont je parle, il ne fut pas longtemps sans s'apercevoir qu'il ne réussirait jamais auprès du prince qu'il s'était flatté de séduire par son éloquence. Mme de Polignac ne le pria jameds ni à dîner ni à souper. C'était surtout la soirée qu'il ambitionnait; mais, au bout de quelque temps, tout ce qu'il souhaitait, c'était qu'on ne le chassât pas. Un jour, il s'attarda tellement dans le salon de la gouvernante, que l'on fut réduit à se pelotonner pour savoir comment on s'en déferait. Il restait seul^ sans qu'on lui dît un mot, et il fut obligé de s'avouer qu'on ne voulait absolument pas de lui. Moi-même, j'en eus plus d'une fois pitié, et je fus fâché qu'il pût voir que ce prince, qui ne lui adressait jamais la parole, faisait avec moi deux tours de salon. Tout cela, sans doute, ne le réconciliait point avec moi , et comme il m'eût été là-dessus impossible de le tromper, je ne me gênais plus avec lui ; partout où je le rencontrais, je lui disais en riant : « Vom y reviendrez, monsieur d'Esprémesnil, vous y reviendrez, à l'an-^ cienne et pure doctrine de votre Compagnie. »

Je n'ai pas besoin de rappeler tout ce qui se passa

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