‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 20 sur 307 · LE GARDE DES SCEAUX MIROMESNIL · texte numérisé non relu

LE GARDE DES SCEAUX MIROMESNIL

« Sachez, madame^ que le règne des femmes est passé. » — c Ont, monsieur, répliqua-t-elle» mais non celui des impertinents. » Et elle sortit fort en colère.

A la 6d de novembre 1774, il* se trouva engagé dans un grand démêlé avec M. du Muy : celui-ci voulait conserver les milices, M. Turgot voulait les détruire, en substituant au sort, qui faisait les miliciens, la faculté de fournir un soldat moyennant vingt-cinq louis. Le Roi dit à M. du Muy : « Parlez-enàM. de Maurepas. » — « C'est de l'hébreu pour lui, s'écria le ministre de la guerre; si encore il s'agissait de marine^ il pourrait avoir quelque réminiscence! D'ailleurs, permettez-moi y Sire, de ne prendre des ordres que de Votre Majesté. » Il proposa ensuite un comité de militaires qui s'assembla devant le Roi; M. d'Hérouville (1) en était. Ce fut M. du Muy qui l'emporta; le ministre des finances fut tondu, et les milices furent conservées. Dans le môme temps, il mit en avant plusieurs autres projets qui ne réussirent pas davantage : par exemple, celui de supprimer les maréchaussées.

Je ne connaissais pas le nouveau garde des sceaux, et ce ne fut pas sans inquiétude que je vis pour la première fois ce beau présent que nous fit M. de Maurepas. Je le trouvai doux et poli, mais il me sembla bardé de préventions contre moi, et je me crus perdu. Qu'était-il donc autre chose qu'une espèce de scaramouche qui, dans des comédies et même des arlequinades de société, s'était rendu le bouffon du ministre, qu'il servait, suivant son goât, en le divertissant? Il avait été nommé, par M. de Maurepas, son protecteur, premier président du Parlement de Rouen, et était, en même temps, un pauvre premier président et le plus pauvre propriétaire de Nor-

(i) Antoine de Ricouart, comte d'Hérouville de Glaye, né à Paris en 1743, lieutenant général, écriyain militaire, mort en 1782.

mandie. Il eut le désir de suivre son chemin dans l'administration; M. de Maurepas lui dit : « Fais-moi rire^ et je te ferai conseiller d'État. »

Ce beau M. de Miromesnil avait une femme qu'il ne pouvait souffrir, et dont il s'était débarrassé en la mettant dans un couvent, où il lui payait une modique pension viagère. Quand M. de Maurepas lui eut confié les sceaux, il voulut la reprendre et le lui envoya offrir ; mais elle refusa, et aima mieux mourir que de retourner avec un mari que beaucoup de gens accusaient d'être un vieux libertin.

Après la mort de cette infortunée, M. de Miromesnil songea sérieusement à se remarier et fit le meilleur choix qu'il put. Avec l'aide de M. de Maurepas, il lui était permis de prétendre à tout : il épousa la fille de M. Bignon (1), bibliothécaire du Roi et conseiller d'Ëtat. Dans le même temps, M. de Maurepas donnait pour mari à Mlle de Miromesnill'aînée M. Le Bret^ et mettait sur la tète du gendre de son protégé la charge de greffier en chef du Parlement qui appartenait à M. Gilbert de Voisins, l'aveugle, par lequel j'avais été, pendant mon premier mariage, reçu à YUlaines avec la plus flatteuse et la plus tendre amitié. Ce nouveau greffier en chef, véritable imbécile.

(1) Armand-Jérôme Bignon, né le 28 octobre 1711, cheyalier de Malte de minorité le 12 septembre 1714, avocat général au Grand Conseil en 1729, maître des requêtes en 1737, président du Grand Conseil, bibliothécaire du Roi en 1743, membre de FAcadémie française la même année, prévôt-maître des cérémonies et commandeur des ordres du Roi en 1754; prévôt des marchands à Fépoque du mariage de Louis XVI. On attribua à son imprévoyance la catastrophe qui eut lieu lors du feu d'artifice tiré sur la place Louis XV le 30 mai 1770. 11 faisait partie de l'Académie des inscriptions et mourut le 8 mai 1772. Il avait épousé le 13 août 1736 Marie-Angélique-Blanche Hue de Vermanoir, et avait pour fille Blanche-Françoise-Rosalie Bignon, née le 26 octobre 1744, et pour fils Jérôme-Frédéric Bignon, né le 11 janvier 1747, qui fut également bibliothécaire du Roi, et mourut en 1784.

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