‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 21 sur 307 · LES ENFANTS DE M. DE MIROMESNIL · texte numérisé non relu

LES ENFANTS DE M. DE MIROMESNIL

était le fils de M. Le Bret, avocat général, que Ton avait nommé intendant de Bretagne» et dont M. d'Aguesseau de Fresnes avait épousé la fille, après avoir perdu Mlle Dupré, mère de la duchesse d'Ayen.

M. de Miromesnil avait deux fils qu'il plaça dans le parquet duGhâtelet, où ils ne purentjamais ouvrir la bouche; ils ont été deux très mauvais sujets, très ingrats et très révolutionnaires, et sont devenus la honte et le malheur de leur père, pendant que sa charmante fille faisait le ^ bonheur de tous ceux qui l'approchaient. J'aime à me rappeler que jamais elle n'abusa de la protection de M. de Maurepas, si féconde cependant. Je l'ai vue, dans une petite maison d'une rue voisine de Saint-Sulpice, entièrement livrée à l'éducation de sa petite sœur, à qui l'on fit épouser M. de BéruUe, en promettant à celui-ci la première présidence du Parlement de Grenoble. Cette pauvre femme mourut en couche.

C'est avec Mme Le Bret que Mme Moreau et moi dînions à la chancellerie. J'ai dit plus haut combien son père m'avait mal reçu lorsque je lui fus présenté à Compiègne; je dois ajouter que Mme Le Bret qui aimait tous les ouvrages d'esprit et s'était prise de goût pour mes productions, n'eut rien de plus pressé que de me réconcilier avec lui. Elle avait un cousin qui, comme moi, faisait des chansons, et la chancellerie de Versailles, avec de vieux meubles que le Miromesnil n'avait pas le moyen de renouveler, fut pour moi le théâtre d'une douce et agréable société. Ce qui me parut le plus singulier, ce fut que, jusqu'au jour célèbre où le garde des sceaux et le contrôleur général Galonné furent renvoyés ensemble, je fis tenir, chez le premier, des conférences très intéressaùtes sur le choix et l'épuration de nos monuments historiques, auxquelles assistaient M. de Paulmy, M. Bertin,

et OÙ étaient admis tous ces bénédictins (1) dont ou était alors sur le point de former une espèce d'académie.

Mais revenons au temps qui suivit mon départ de Cornpiègne, où je laissai la Cour en proie aux alarmes et aux intrigues. Avant de quitter cette ville, j'avais lu à Mme de Durfort mon Essai sur les causes de la timidité des princes, et j'étais allé prendre congé de Madame Victoire, à laquelle j'avais montré mon brevet. Tout à ce moment me portait à croire que les intrigants et les jaloux supposaient et débitaient que j'entretenais cette princesse delà situation du Parlement; aussi, après lui avoir peint ma gratitude, j'ajoutai : « N'est-il pas cruel quHl faille qu'elle reste dans mon c(Bur? C'est un terrible pays que celui-ci, où l'on doit imposer silence à la reconnaissance pour ne pas éveiller l'envie; je n'ose prononcer le nom de Madame, et je ne lui fais pas souvent ma cour, parce que je crains que l'on n'imagine que je viens lui parler des affaires publiques. » — m Oh I me répondit-elle, je ne redoute pas les tracasseries; ils peuvent m'en susciter tant qu'ils voudront : je les secoue y moit » J'avais terminé, le 4 août, le Mémoire historique des événements acExquels j'avais eu part en ma vie; elle me témoigna son désir de le lire. Sur mon hésitation aie lui donner, elle me dit que j'étais trop scrupuleux et m'assura qu'elle n'en ferait pas un mauvais usage. Comme il ne pouvait qu'être utile pour moi qu'elle me connût à fond, je confiai cet ouvrage à Mme de Durfort, et la princesse en commença la lecture dès Gompiègue.

Je retournai à Paris le 28 août : le lendemain, les tambours de la ville arrivèrent afin de me complimenter sur

(i) J'ai fait remettre à M. Bertia un projet pour Fédition des titres de l'abbaje de Saint-Bertin. L'abbé et dom Berthol sont depuis quelques jours à Paris. J'ai reçu la visite des uns et des autres. Ils m'ont conûé leurs projets. J'ai promis de les servir, et par là je fais le bien des lettres et du public. (49 février 1775. ^Journal de Moreau.)

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