MANDEMENT DU GRAND AUMONIER DE FRANCE
les prières publiques que le Roi avait demandées à tous les évéques pour obtenir et les lumières qui pourraient éclairer l'Assemblée nationale, et la fin des troubles qui déjà menaçaient la France (1). Je me crus permis de lui rendre le service qu'il me réclamait, et j'aurais même pu le lui offrir sans scrupule, car, dans cette instruction pastorale, je n'ai fait qu'exprimer les sentiments dont il était pénétré. Plusieurs des mandements par lesquels nos évéques obéirent au prince qui régnait encore furent regardés par l'aristocratie constituante comme autant de crimes d'État. On parla de celui-ci, et quelques députés essayèrent en vain de lui chercher querelle ; on dut le laisser passer, tant l'évidence des grandes vérités présentées avec simplicité a de force sur les esprits. Cette instruction pastorale, en effet, n'examine la Révolution déjà commencée que dans ses rapports avec la grande justice que Dieu devait aux crimes de la terre. C'est parce que, dans ce renouvellement général, on n'apercevait dès lors que des miracles de colère, que l'on prévoit, que l'on ose annoncer les miracles de miséricorde que nous attendons aujourd'hui du gouvernement que la Providence nous destine.
Une foule de bons et braves sujets du Roi, dont TAssemblée nationale faisait elle-même demander les têtes par une horde de scélérats que payait le duc d'Orléans, avaient disparu de Versailles pendant les huit jours que nous avions passés à Ëclimont. Nous n'y retrouvâmes plus ni M. le comte d'Artois, ni la pauvre Mme de Polignac (2), ni M. Barentin : tout avait fui depuis que nous
(i) N« LX du catalogue des ouvrages de Moreau.
(2) Le duc et la duchesse de Polignac, la duchesse de Gulche, leur fille, la comtesse Diane de Polignac et l'abbé de la Balivière quittèrent Versailles dans la nuit du 16 au 17 juillet; Mme de Poli-
avions été chassés de YiUe-d'Avray, et M. de Cicé» archevêque de Bordeaux^ avait été nommé garde des sceaux. Monsieur et Madame me parurent fort affligés du départ de M. le comte d'Artois, et de celui des serviteurs du Roi, qui avaient pris le parti de quitter la France au moment des horribles exécutions de Paris; mais ils ne me parlèrent point de certaines circonstances qui m'ont été confiées plus tard par des témoins oculaires, et qui prouvent que, dès cette époque, les conjurateurs contre la royauté avaient fait entrer dans leur plan les plus horribles assassinats. Le 14 juillet, jour remarquable par la prise de la Bastille, avait été celui où le cardinal de Montmorency avait prêté son serment au Roi, et ce même jour il avait donné chez lui un très grand repas, dont était l'abbé Hérissé, l'un des chapelains de la Cour, alors attaché et logeant au grand commun. Cet excellent ecclésiastique avait la confiance du malheureux Bertier, surintendant de la maison de la Reine, et de Foulon, son beau-père; il est resté le protecteur et l'agent chargé des affaires de cette famille infortunée. On imagine bien les vives inquiétudes qui le tourmentaient à la table du cardinal. Aussitôt après dîner, il sort pour aller se renfermer au grand commun et, chemin faisant, observer les contenances et les propos. Il aperçoit, dans la galerie, plusieurs groupes auxquels des gens de très mauvaise mine distribuaient des petits paquets imprimés sous enveloppe. Tout le peuple s'empressait pour en recevoir. A cet instant survient M. le duc de Yilleroi, à qui l'abbé Hérissé fait remarquer ce qui
gnac s'éloigna déguisée en femme de chambre, et en emportant la lettre de rappel du Roi k Necker. Le comte d'Artois, le prince de Gondé et leurs enfants partirent le lendemain, en même temps que les troupes que le Roi s'était décidé & licencier. Le comte d'Artois trouya un asile k Turin, chez Victor-Amédée II, roi de Sardaigne, son beau-pére.