‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 211 sur 307 · FUITE DU COMTE D'ARTOIS ET DE M«« DE POLIGNAC · texte numérisé non relu

FUITE DU COMTE D'ARTOIS ET DE M«« DE POLIGNAC

se passe; le duc lai dit : « Tâchez de m^avùir qmlques-^ns de tés paquets. » L'abbé s'en fait remettre deux ou trois; le duc les ouvre et sur-le-champ va les montrer au Roi. Or, voici ce que portaient ces imprimés : Liste des 286 tètes quHl faut abattre pour opérer les grandes réformes nécessaires. L'abbé Hérissé m'a assuré que les deux premières personnes nommées dans cette liste étaient la Reine et M. le comte d'Artois, et il est bien connu que ces listes, imprimées à Versailles, étaient affichées manuscrites à Paris, au Palais-Royal, avec sans doute des variantes indiquant les dispositions de leur exécrable auteur»

Qui osera maintenant blâmer de leur fuite M. le comte d'Artois et ses illustres amis? Mme de Polignac, avec sa famille, ne le précéda que d'un jour. Ce fut alors aussi que M. le prince de Condé quitta la France, et jura de n'y rentrer que vainqueur des parricides qui annonçaient si hardiment leurs complots. J'ai beaucoup regretté le départ du garde des sceaux, M. de Barentin, dont je ne garantirai point les talents, mais dont je défendrai toujours les intentions et la droiture. Monsieur n'avait, à cette époque, aucun motif pressant d'abandonner Versailles; il était bien juste qu'il ne quittât point la personne du Roi, et je connaissais assez bien l'esprit, la raison et les principes de mon maître, pour souhaiter très sincèrement qu'il fût admis au Conseil du Roi.

Il avait été un temps où Madame avait paru plaire à son beau-frère par son esprit, et gagner peu à peu sa confiance. Une foule de courtisans spéculaient déjà sur l'ascendant qu'eUe pourrait prendre sur un prince faible, qui ne s'amusait pas toujours des bruyants divertissements d'une société où il s'apercevait souvent qu'il était de trop. C'était dans les dernières années du gouvernement de M. de Maurepas, et alors Madame avait été non

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