‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 220 sur 307 · NUIT DU 5 OCTOBRE · texte numérisé non relu

NUIT DU 5 OCTOBRE

je m'y rendis effectivement. Mon titre chez lui m'autorisait à y rester un des derniers, et il n'y avait plus là que quelques officiers, avec qui je partageais les petites entrées lorsque Monsieur alluma lui-même un bougeoir et me conduisit dans un petit cabinet à côté de sa chambre. J'eus tout le loisir de l'entretenir et de tirer de lui les lumières par lesquelles je voulais être guidé; quand j'en vins au garde des sceaux, il me demanda : « Comment êtes-vous avec lui? » — a Je n'en sais trop rien, lui répondis-je ; sHl pense comme les gens que je vois chez lui, il est à cent lieues de ma doctrine; s'il feint et s'il les trompe, il est à cent lieues de mes principes. » — a Défiez^ous-en, Te^priiril; c'est le meilleur conseil que je puisse vous donner; au reste, nous noi^ reverrons. » Je le remerciai, et je me le tins pour dit.

Parmi ses domestiques, il y en avait un, attaché à sa garde-robe, qui avait à Chambourcy quelques fonds de terre que lui destinait une bonne tante. Je l'avais souvent rencontré à Saint-Germain chez Mme la comtesse de Bretelles; ce soir-là, il me proposa de m'y mener le lendemain. Nous y dînâmes ensemble et rentrâmes à Versailles avant la nuit. Nous trouvâmes les grilles fermées, et partout les alarmes répandues sur la multitude de peuple qui^ partie de Paris sous les armes, était annoncée par une innombrable troupe de femmes couvrant alors l'avenue. Je me souviens que Mme Moreau ne me laissa pas retourner au château, et se contenta d'envoyer nos gens à la découverte. Le tumulte s'accrut jusqu'au moment où le tocsin sonna et nous glaça de peur. Ce fut pendant cette nuit désastreuse que furent égorgés tous les gardes du corps, par lesquels le Roi ne consentit pas à être défendu. Chose importante à retenir : pendant toute la journée, l'Assemblée avait insisté auprès de Louis XYI pour qu'il acceptât purement et simplement les articles

Page 1