II
constitutionnels. Le Roi ne refusait pas sa sanction » mais il voulait joindre quelques explications, d'où il aurait résulté qu'il était encore au moins quelque chose.
La manière dont on s'y prenait pour le forcer à une obéissance aveugle et sans réserve était certainement nouvelle. On l'obtint néanmoins, et le Roi envoya, à dix heures du soir^ son acceptation pure et simple, en réponse à une députation de l'Assemblée qui lui avait porté les représentations des Parisiens sur le manque de subsistances. Toute la nuit^ nous entendîmes des coups de fusil; ma femme en conserva durant plus de quinze jours le bruit dans les oreilles. Le lendemain matin, une effroyable décharge de canons et de mousqueterie nous flt craindre un massacre général : elle n'était destinée qu'à annoncer le triomphe des rebelles.
Ceux qui ont cherché à louer M. de la Fayette (1) ont dit qu'immédiatement après le départ des députés des halles, il était lui-même parti de Paris à la tète de quinze mille hommes, accompagné d'une artillerie suffisante pour faire cesser le trouble. Toutefois, ils avouent qu'il ne se rendit pas au château , mais à l'Assemblée , et qu'après avoir logé sa troupe dans Versailles, il se retira chez lui à cinq heures et demie du matin. C'était donc ou pendant qu'il écrivait, ou après qu'il se fut couché, que les brigands à la poursuite desquels il s'était mis pénétrèrent dans le château pour massacrer et pour piller. Le lit de la Reine ne fut point respecté; elle eût elle-même péri sans le courage de ces gardes qui furent si cruellement pimis de leur fidélité.
Tous les membres de la famille royale rassemblés chez le Roi, dans la chambre duquel la Reine s'était sauvée
(1) Voir Rabaut de Saint-Étienne dans son Histoire de la révolution française. {Note de Moreau.)