LES DÉPUTÉS DE L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE
répéter : « La Constitution^ toute la Constitution^ et rien que la Constitution. » Or, la Constitution n'avait point défait le Roi, et il s'agissait ici de faire pis, car l'intention du duc d'Orléans était de le mettre à mort.
Les députes de la seconde législature, sentant alors plus que jamais la faiblesse de l'autorité qu'on leur avait confiée, mirent en avant les plus épouvantables maximes pour armer les Français contre le Roi, et eurent la folie de se persuader qu'ils viendraient à bout d'exterminer tous les monarques de l'Europe. Les assassinats, les poisons, tout fut présenté non seulement comme permis, mais commandé comme juste et prescrit comme indispensable. Lisez les abominables écrits des Brissot (1), des Marat (2), des Audouin (3) et d'une foule innombrable
(4) Jean-Pierre Brissot de Warville, né en i754àOuarville, village près de Chartres, dont il prit le nom en l'anglicanisant, composa divers ouvrages de politique et de jurisprudence, entra à la chancellerie du duc d'Orléans, fut impliqué dans un complot qui valut à ce prince un ordre d*exil; menacé d'une lettre de cachet, il s'enfuit en Angleterre, passa en Amérique, revint en France en 4789, fut nommé membre de la Commune de Paris ; lors de la prise de la Bastille, on lui en apporta les clefs en triomphe, et, après la fuite de Louis XVI, il rédigea au Champ de Mars la pétition pour la déchéance du Roi. Député à l'Assemblée législative et à la Convention, il se trouva en opposition avec Robespierre, devint ï&me du parti des girondins, fut proscrit avec eux, essaya de fuir en Suisse; mais arrêté à Moulins, il périt sur l'échafaud le 31 octobre 1793.
(2) Jean-Paul Marat, né à Boudry, près de Neufchâtel, en 4746, attaché comme médecin aux écuries du comte d'Artois, embrassa, avec exaltation les idées de la Révolution, fut nommé député de Paris à la Convention, siégea à la tète du parti de la Montagne, publia le Journal de la République française sous un nom d'emprunt, fit décréter la création du tribunal révolutionnaire et du Comité de salut public. Accusé de préparer une dictature en faveur de Robespierre et de soulever le peuple, il faillit être mis hors la loi, mais parvint à se faire acquitter et rentra en triomphe à la Convention. Il fut assassiné par Charlotte Corday le 43 juillet 4793. Ses restes, déposés au Panthéon, en furent retirés au mois de février 4795, foulés aux pieds et traînés dans la boue. j ,
(3) François-Xavier Audouin, né k Limoges en 4766, avocat à la
d'orateurs incendiaires; entendez-les crier : Guerre aux chàteatix et paix aux chaumières ! prêcher le vol, inviter les gens des campagnes à violer toutes les espèces de propriétés et à regarder les portes et les serrures, défendant les antiques possesseurs du sol, comme une contravention manifeste aux lois de la nature.
Pour finir de perdre la France en inspirant toutes ces fureurs à l'universalité des citoyens, il fallait une société nombreuse qui, après s'être rendue indépendante de l'Assemblée, entreprît de la maitriser et de correspondre par des affiliations redoutables avec tous les départements qu'il s'agissait de remuer au gré des conspirateurs. Telle était déjà la société des Jacobins, centre épouvantable auquel aboutissaient tous les clubs formés dans les provinces.
Le jeudi 28 juin, M. de la Fayette se présenta à l'Assemblée nationale, y fit deux pétitions remarquables demandant, Tune, d'ordonner que les instigateurs et les chefs des violences commises le 20 juin (1) aux Tuileries seraient poursuivis et punis comme criminels de lèse* nation; l'autre, de détruire la société des Jacobins. Voici par quels caractères il la désigna : « Une secte^ dit-il» qui envahit la souveraineté nationale^ tyrannise les citoyensy et dont les débats publics ne laissent aucun doute sur l'atrocité de ceux qui la dirigent (2). » Cette séance fut très orageuse, et le
Cour roj&le, membre de la Commune de Paris en 4792, commissaire du pouvoir exécutif en Vendée, secrétaire général de Pache, ministre de la guerre, et de son successeur Bouchotte, juge au tribunal de cassation, secrétaire général au département des forêts, sous le Consulat; mort en iS37.
(1) Le 20 juin, la populace du faubourg Saint- Antoine, conduite par Santerre et le marquis de Sunt-Hurugue , après avoir défilé devant l'Assemblée, envahit les Tuileries, en brisa les portes inté» rieures à coups de sabre et de hache, et força Louis XVI à se coiiTer du bonnet rouge.
(S) Dans une troisième motion, La Fayette demandait de faire