‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 261 sur 307 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Go;[i8idération8 sur la Révolution. — Impiété des princes. — Les deux plus vieilles maisons de l'Europe. — Justice divine. — Philippe-Égalité. — Louis XIV et Mme de Montespan. — La marquise de Maillj. ^ La bonne reine Marie. — Maladie de Louis XV à Metz. — La duchesse de GhAteauroux. — Rapports du Dauphin et de son père. — M. de Ghoiseul. — Perfides conseils donnés à

- la Dauphine. — Irréligion des ministres. — Triste présage. — Apostasie des princes. — Politique de Joseph II. — Point de dmux de messes. — Indifférence religieuse de la Reine. — Propos du duc d'Harcourt. — Le dernier prisonnier de la Bastille. — Le prince Louis de Rohan, évéque de Strasbourg et grand aumônier de France. — Le collier de diamants. — La Reine au Temple. — Deux aristocraties aux prises. — Grime de lèse-divinité. — Le jeune Gastellane, — Les courriers du duc d'Orléana. — Abominable conduite de ce prince. — Revirement dans Topinion publique. — La paix générale. — Mon désir d'être encore utile à ma patrie. — Le soir d'un beau jour.

Avant de clore ces Mémoires^ je voudrais essayer d'expliquer les causes de nos affreux et inconcevables malheurs : les histoires des conspirations qui ont fini par détruire la monarchie française et rendu le plus malheureux des peuples celui que nos législateurs ont proclamé le seul souverain de la France, ont passé sous mes yeux; elles n'étaient point étrangères aux recherches que devait se permettre l'historiographe de France. Dieu me garde» cependant, d'être l'historien de ce prodigieux et incalculable bouleversement qui a donné de si terribles leçons aux rois et aux peuples, et a sans doute été destiné à punir de grands crimes. Assez d'autres écrivains, après

moi, se chargeront de cet important et pénible soin; mais peut être leur ai-je déjà préparé et leur préparerai-je encore des matériaux, en recueillant des faits qui touchent de près à l'effroyable Révolution que nous venons de traverser, et dans laquelle il est impossible de ne pas reconnaître la main de la Providence.

Tous les princes, tous les hommes chargés du gouvernement soit politique, soit pastoral, seront, quelque jour, forcés de convenir qu'elle n'a fait qu'exercer la grande justice qu'ils ont attirée sur eux , en abandonnant l'éternelle morale dont ils sont essentiellement sujets, et l'unique religion à laquelle tous les hommes ont été appelés. Elle ne se lie donc, cette Révolution, qu'à celle qui, prédite dès le commencement du monde, a dû renouveler la face de la terre par l'établissement de cette théocratie naturelle qui ne soumet l'homme qu'à Dieu, et exclut, de toute espèce de gouvernement, le pouvoir arbitraire qui caractérise tous les genres de tyrannie.

La religion et le gouvernement étant entrés dans le monde le même jour et par la même porte, l'homme, destiné à être libre et néanmoins gouverné pour être libre, n'a pu, n'a dû être soumis aux rois que comme Jésus-Christ l'a été lui-même. Lisez M. Bossuet, vous verrez que la succession des empires n'a été arrangée, par les décrets de Dieu, que pour faciliter la grande révolution qui doit unir toutes les nations. Lisez l'Histoire sainte, lisez aussi les fastes de tous les peuples, vous verrez qu'il n'en est aucun dont les malheurs n'aient commencé par des crimes. Ce sont toujours les péchés des hommes qui ont attiré les vengeances du ciel : j'ai prouvé cette vérité pour la France dans tous mes Discours sur l'histoire. Mais si l'on veut bien étudier l'histoire, il faut avant tout étudier l'homme lui-même, et connaître en lui

Page 1