LES PRINCIPES DU MAL ET DU BIEN
les principes du mal et du bien. Il est libre, mais il a sa règle dans sa conscience, et la première chose que sa conscience lui dicte, c'est que son âme est une substance essentiellement distincte de la matière. Celle-ci est susceptible de mouvement,. mais ne se le donne point ellemôme. Il n'y a, dans l'univers, d'actif que les intelligences capables de connaître, de vouloir et de sentir, et le polythéisme des peuples de l'antiquité, ainsi que les dogmes qui ont été révélés au plus ancien de tous, attes^ tent également l'immatérialité des âmes et l'inactivité naturelle des corps, auxquels elles communiquent le mouvement et la vie. Il existe dans tous les êtres qui pensent un vrai pouvoir, et ce pouvoir est celui de commander à la matière. Toutes les intelligences créées libres peuvent user et abuser de ce pouvoir. Elles pèchent si elles abusent, et la peine est attachée à l'abus, comme le plaisir et la jouissance sont également liés au bon usage (1). De cette vérité (2), il résulte que toutes les intelligences
(i) Moreau, développant cette idée de la peine attachée à Tabus, comme du plaisir et de la jouissance liés au bon usage, dit ailleurs : Il n'y a pas un fait dans la nature qui ne puisse et ne doive être une leçon de morale pour l'homme, car il n'y en a pas un qui n'indique cette loi générale de la destination, qui est le fondement de toute morale. J'observe mon corps, et tous mes membres semblent se réunir pour me crier : c Celui de nous qui remplira sa fin t'en trouvera bien; celui de nous qui abusera sera puni par Vabus même. >
Chacune des parties de notre corps sera punie par où elle aura péché. La même loi générale existe donc et dans l'assemblage de tous mes membres, qui ne font qu'un seul corps, et dans l'assemblage de toutes les parties de la société, qui ne forment qu'un seul tout politique.
Grâce à Dieu, je me porte à merveille ; mais la partie de moimême dont j'ai le plus abusé a été mes yeux : je perdrai et j'ai presque perdu la vue. J'ai également abusé de ma tète en outrant le travail qui exige l'attention du raisonnement : je ne dois craindre que l'apoplexie et le radotage.
(2) Je croi^ l'avoir très solidement établie et évidenunent démontrée dans un ouvrage que l'on trouvera quelque jour parmi mes
libres ont le funeste pouvoir de pécher ei de se rendre par là malheureuses. J'en ai assez» j'en ai même peutrétre trop dit sur cette matière; revenons à l'application que je veux faire de cette grande idée aux merveilles de l'époque à laquelle nous sommes arrivés.
Une des premières punitions que Dieu a exercées contre les princes a été de permettre qu'ils l'abandonnassent. Leur impiété a été leur premier délire. En parcourant l'histoire, il est facile de constater que, depuis près de deux siècles, les plus mauvais chrétiens ont été les princes; que les plus indignes prêtres ont été ceux qui, au sacerdoce, ont joint la puissance et les dignités temporelles. Ce qui a le plus contribué à me persuader que c'était plutôt sur les trônes que sur les têtes couronnées, que la terrible justice de Dieu allait tomber, c'est que le dernier de nos rois n'a été que le plus faible et le plus incapable de nos souverains, mais a peut-être été le moins coupable de tous. Lorsque je l'ai vu craindre, feindre, et déférer en aveugle aux conseils pervers qui s'étaient emparés de lui, laisser tout faire à l'impie Brienne , à l'irréligieux Necker et au despote Breteuil, j'ai cru voir écrits sur les murs mêmes du château de Versailles ces effroyables caractères : Mané, thécel^ phares, que Bakhazar vit sur les lambris de la salle de son dernier festin; cependant j'ai observé que ce prince était moins condamnable que ce Nabuchodonosor qui, lui, s'était mis à la place de Dieu.
Nos neveux connaîtront un jour la longue suite d'attentats et de crimes qui a renversé le trône de nos rois, et conduit au même échafaud ou plutôt au même
manuscrits; il est intitulé : De la foi et des Miracleg, ou Nouvelles Méditations métaphytiques sur la nature des âmes et sur (s pouvoir qui leur fut donné sur la nature. (Note de Moreau.)