‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 264 sur 307 · LOUIS XIV ET SES BATARDS · texte numérisé non relu

LOUIS XIV ET SES BATARDS

de remarque que ce monarque, qui, de l'aveu du corps législatif, son conseil essentiel, se crut le maître de légitimer ses bâtards adultérins et de les placer sur son trône après les princes de son sang, auxquels il avait donné pour femmes les fruits de ses plus scandaleuses débauches, que Louis XIY, qui se regarda comme le dieu de la France, respecta le Dieu de saint Louis et ne fut point un impie.

La dissolue Montespan (1) jeûnait pendant le carême, et disait : « Je viole un des préceptes^ est-ce une raison pour les enfreindre tous? » Bourdaloue, il est vrai, s'élève avec force contre ces honteuses capitulations , mais au moins est41 juste de dire que la femme adultère de l'Évangile n'aurait point obtenu son pardon, si son crime, joint au blasphème, eût été le résultat calculé d'une impiété philosophique.

Sous Louis XV, j'ai vu encore une adultère à Toccasion de laquelle Jésus-Christ eût dit à nos prélats : « Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre. » Ce fut cette marquise de Mailly (2) que nos infâmes courtisans avaient choisie pour tenter le monarque, lorsqu'ils voulurent le corrompre pour devenir ses maîtres. Â cette époque, ce n'était pas à la Cour qu'il fallait chercher des mœurs pures et sévères; mais on y trouvait encore moins cette licencieuse philosophie qui, depuis, a

(1) Françoise- Athénais de Rochechouart, marquise de Montespan, née en 1641, dame du palais de la Reine, devint la maîtresse de Louis XIV, en eut huit enfants, et mourut en 1707.

(2) Louise- Julie de Nesle, comtesse de Maillj, née en 1710, morte en 1751, ainée de cinq sœurs de la maison de Nesle et maîtresse de Louis XV, comme le furent également trois de ses sœurs : Mme de Vintimille, la duchesse de Lauraguais et la duchesse de Ghâteauroux. Après la mort de celle-ci, le duc de Richelieu offrit, de la part du Roi, sa succession à la quatrième ; mais elle refusa, grâce à la fermeté du marquis de Flavacourt, son mari.

fait tant de ravages. Cette bonne reine Marie (1), avec laquelle, pendant si longtemps, Louis XV avait vécu dans la plus parfaite intelligence, estimait fort la chasteté, mais elle savait bien que la chasteté n'était pas la vertu de tout ce qui la servait. Une ordure, dans une pièce de théâtre, la faisait quelquefois rire; une impiété l'eût mise en colère. Au sujet de cette vieille galanterie des dames de la Cour, je rappellerai ici un souvenir, montrant combien elle était moins odieuse que la moderne philosophie.

J'ai été quelquefois surpris de voir, dans la douce et charmante société deMme d'Armagnac, chez qui, à Sèvres, nous passions notre vie, des femmes dont je savais les anciennes aventures. Je les observais, et que trouvais-je en elles? des créatures humbles, que je n'ai jamais entendues médire de qui que ce soit; des veuves, qui consacraient aux pauvres leur fortune et leur travail. La pécheresse qui nourrissait, habillait, pensionnait en secret des indigents, était là, pour nous, une excellente compagnie. On ne demandait point : a Quelle conduite a-t-^lk tenue dans sa jeunesse? » mais : a Que fait-^lk aujourd'hui? • On s'était prescrit la loi de ne croire que le bien qu'on disait des femmes, et ce que je puis certifier, c'est que toutes celles que j'ai vues assises à table, à côté de celles dont les mœurs avaient été le plus irréprochables, imitaient ces dernières, et achetaient gaiement le ciel à force d'aumônes.

Revenons à Louis XV, et remontons au moment où Ton réussit à le détacher de sa vertueuse et religieuse ' moitié. Le dégoût qu'il conçut pour Mme de Mailly fut

(i) Citberine-Sophie-Félicité-Marie Leczinska, reine de France et de Navarre, née le 23 juin 1703, fille de Stanislas Leczinski, roi de Pologne, et de Catherine Opalinska, épousa Louis XV le 5 septembre 17i5, et mourut le 24 juin 1768.

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