LOUIS LE BIEN-ÂIMÉ
la première grâce que Dieu lui Gt, et la maladie qui, à Metz, au mois d'août 1744, le conduisit aux portes du tombeau, fut la seconde. Je me souviens de ce cri unanime de la douleur publique éclatant à l'heure du danger, et des transports d'allégresse annonçant la guérison de Louis le Bien*aimé comme accordée à l'acte héroïque de religion qui répara un scandale affreux et récent. S'il eût saisi cette occasion d'augmenter encore, dans tous les cœurs, cette tendre affection dont il fut proclamé l'objet, sans être le plus grand des rois, il en eût été, le reste de sa vie, le plus heureux, et eût peut-être laissé après lui ua fils dont la sagesse et la gloire auraient affermi, pour un siècle, la liberté et le bonheur de ses peuples.
Hélas t aussitôt après son retour à Paris, se manifestent les premiers symptômes de cette contagion morale qui a perdu sa famille, et amené sa nation aune apostasie qui a sonné la dernière heure de la France. L'évéque de Soissons (1) a, par ordre du Roi, rempli un devoir indispensable : il est désavoué et exilé. L'héritier du trône perd le vertueux gouverneur qui l'a conduit à Metz (2) : le duc de
(1) L'évéque de Soissons, M. de Fitz-James, était premier aumônier de Louis XV. Lorsqu'à Metz ce prince fut k toute extrémité, il se présenta avec le duc de Chartres, et malgré le duc de Richelieu, pour remplir son ministère. Mais, avant de donner le viatique au Roi, il exigea, comme il le devait, que non seulement celui-ci éloignât Mme de Chàteauroux, mais encore qu'il fît amende honorable en présence des princes, des courtisans et du peuple.
(2) En apprenant la maladie du Roi, le Dauphin, qui n'avait que quinze ans, partit pour se rendre auprès de lui. Louis XV, attribuant sa démarche non à la tendresse d'un fils, mais à l'empressement d'un héritier, lui envoya l'ordre de retourner à Versailles, en donnant pour prétexte l'intérêt qu'il prenait à la santé de son fils ; en réalité, il lui répugnait de voir arriver son successeur. Le Dauphin, par amour filial, ne crut pas devoir obéir; il était déjà à Verdun et ne put se résoudre à revenir sur ses pas sans avoir vu son père, qui le renvoya peu de jours après, et dont, & dater de cette époque, il sentit diminuer rafifection. Avant son retour, le Roi fit donner au duc et à la duchesse de Ghàtillon l'ordre de se rendre
Ghâtillon (1) est disgracié, et le jeune prince, dont la piété filiale aurait au moins mérité des éloges, n'ose paraître devant son père. La duchesse de Chàteauroux (2) n'a que trop publiquement avili le monarque; elle triomphe, le rend odieux^ et achèvera de le traîner dans la boue. Maurepas, oncle de son premier amant (3), Maurepas, qui n'a pas su la défendre, condamné à lui annoncer son indigne victoire , en vain lui demande grâce : elle le punit en lui faisant ôter le département de la maison du Roi, et elle périt bientôt elle-même (8 décembre 1744), laissant contre ce même Maurepas des soupçons trop souvent rappelés (4).
dans leurs terres, et ne leur laissa que quelques heures pour se mettre en mesure d'exécuter sa volonté. On prétendit que le duc, comptant sur la mort de Louis XV, s'était jeté aux genoux du Dauphin et l'avait salué comme son roi.
(1) Alexis-Madeleine-Rosalie de Bois-Rogues, duc de Ghâtillon, né le 20 septembre 1690, lieutenant général des armées en 1734, gouTemeur du Dauphin en novembre 1735, créé duc et pair en mars 1736, lieutenant général du gouvernement de Bretagne en 1739, mort le 15 février 1754. Il avait épousé en premières noces, le 21 janvier 1711, Charlotte -Vautrude Voisin, fille cadette de Daniel-François Voisin, alors ministre et secrétaire d'État au ministère de la guerre et depuis chancelier de France, et en secondes noces, le 20 avril 1725, Anne-Gabrielle le Veneur de Tilliéres, née le 2 décembre 1699.
(2) Marie-Anne de Nesle, marquise de la Tournelle , duchesse de Chàteauroux, née en 1717, succéda & trois de ses sœurs dans les faveurs de Louis XV; renvoyée par le Roi le 14 août 1744, elle fut rappelée quelques mois après; mais atteinte d'un mal étrange, elle mourut le 8 décembre 1744 au milieu d'atroces convulsions^ en accusant Maurepas de l'avoir fait empoisonner.
(3) Le duc d'Aiguillon.
(4) Pour que cette portion scandaleuse.de notre histoire soit encore plus éclairée, voici des faits dont je crois pouvoir répondre et que j'ai vérifiés. La marquise de Maillj, que l'on donna au Roi, était une bonne femme ; Mme de la Tournelle, sa sœur, était une ambitieuse coquine, qui, à force d'intrigues et d'agents sûrs, parmi lesquels il faut placer le duc d'Aiguillon , son amant, parvint à chasser sa sœur pour se mettre à sa place. M. le maréchal de Richelieu fut soupçonné d'être entré dans ce complot. Voici ce qu'il en