IMPIÉTÉ DES MINISTRES
de leur fait. Eh bien I j'ai connu tous ces amis du ministre Ghoiseul, qui m'honora toujours de sa haine; j'ai vécu avec eux, j'ai eu de l'affection pour plusieurs. Ghoiseul est mort impie décidé, et de toute sa famille, de tousses flatteurs, de toutes ses créatures, je n'ai vu personne qui ait échappé au supplice que, sans s'en douter peut-être, ils avaient préparé au malheureux Louis XVI. Alors, j'ai dit : A Domino factura est istud. Ce ne sont pas ces gens-là qui choisissent leurs victimes; ils sont les agents d'une puissance supérieure qu'ils ne connaissent point.
Pour mieux confondre les projets de l'impiété, Dieu permit que, dès l'avènement de Louis XVI, elle prît de nouvelles forces et qu'elle eût de nouveaux succès. Elle avait été commune à tout le ministère encore en place en 1774, et je n'oublierai point que le duc d'Aiguillon, renvoyé par Maurepas, son oncle, au commencement du règne, osa me dire quelque temps après, chez le maréchal de Richelieu, qu'il n'avait jamais cru et ne croyait point à l'immortalité de l'àmel Maurepas luimême n'était ni chrétien ni religieux. Malesherbes ne fut que le plus honnête et le moins intrigant des philosophes, et Turgot ne se donna même pas la peine de dissimuler ses opinions sur toute religion révélée. Certes, Louis XVI n'opposa jamais un obstacle aux volontés de sa femme, ni aux plans conçus par ses ministres, qui ne prenaient d'autres ordres que ceux de la Reine. C'est alors que fut porté jusqu'aux excès les plus scandaleux le mépris insolent que l'on affecta contre la religion : tous nos théâtres, sous le ministère du despote Breteuil^ étaient construits publiquement les jours de nos fêtes solennelles; on vit chargés de maçons, le jour même de Pâques, les échafauds servant à la construction de l'Opéra et de la Comédie italienne; et la dernière salle préparée à Versailles
pour les danses du dernier carnaval que la Reine y ait passé, occupa, le jour des Rois 1789, plus de soixante ouvriers.
Qui eût dit, qui eût pu prévoir que ces maçons, que ces ouvriers, que ces palefreniers et ces porteurs de chaise deviendraient les maîtres de ce Versailles, où Louis Xiy avait prodigué les trésors de sa nation et étonné l'Europe par sa magniQcence? C'était donc en travaillant à la ruine du christianisme que les Ghoiseul avaient préparé la ruine du trône, non pour rendre les peuples plus libres, mais pour les soumettre au joug d'une aristocratie dont Dieu a anéanti jusques aux décombres. J'ai donc eu raison de le dire : « A Domino factum est istud, et est mirabile in oculis nostris. » En rappelant ici le passé, je ne prétends point faire l'éloge du présent, mais j'ai droit de prédire l'avenir. Tout est encore dans le creuset : après les miracles de colère que la Révolution nous présente , attendons de la Révolution elle-même des miracles de miséricorde.
A ces prodiges de justice qui punissent ou récompensent les gouvernements en masse, et qui se sont manifestés chez nous par des rapports si frappants, joignons d'autres prodiges de justice individuelle, également indiqués par des rapports que tout le monde a pu remarquer, et dont je n'oserais parler ici sans la certitude où je suis, que rien de ce que j'écris ne sera lu de mon vivant. Il parait bien certain que la malheureuse fille de Marie-Thérèse avait été destinée, par les décrets de Dieu, à subir le châtiment des crimes de toutes les monarchies de l'Europe, en commençant par les deux qui y occupaient le premier rang. La Providence ne parut-elle pas annoncer ses vues à cet égard, lorsqu'au milieu d'une fête publique, donnée à l'occasion de son mariage, une partie de ce peuple qui, vingt-deux ans après, s'est trouvé investi