‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 51 sur 307 · DÉMISSION DU CONTROLEUR GÉNÉRAL, EXIL DU CHANCELIER · texte numérisé non relu

DÉMISSION DU CONTROLEUR GÉNÉRAL, EXIL DU CHANCELIER

encore fut-il éconduit sous prétexte que le Roi voulait s'habiller : ou le remit au dimanche. Le fait est qu'il ne travailla pas non plus ce jour-là ; il avait Tair triste, de mauvaise humeur et découragé.

Le 18, il y eut un grand dîner chez M. de Maurepas, auquel furent invités tous les ministres, à l'exception du chancelier et du contrôleur général. Les négociations souterraines allaient toujours leur train pour le rappel de l'ancien Parlement : on sentait que cette grande affaire approchait do son dénouement. Jamais exil n'avait moins eu l'air de la disgrâce que celui de M. le duc d'Orléans. Cependant M. le contrôleur général paraissait remonté d'un cran; il avait été, le samedi précédent, appelé à un conseil extraordinaire qui s'était tenu sur les affaires politiques, et le dimanche, il avait travaillé avec le Roi. Malgré cela, craignant d'être exilé, il écrivit à Sa Majesté le 23, et lui envoya sa démission. Le lendemain, M. de la Yrilllère reçut l'ordre d'aller chercher les sceaux chez le chancelier, qui, lui, fut exilé, et quitta Gompiègne deux heures avant que le contrôleur général partît pour Paris. L'avant-veille, il avait dit à un de ses amis intimes en parlant du Roi : « D'ici à quelques jours, il me renverra; mais une fois moi parti, il est f..... » La princesse d'Armagnac, à laquelle je me fis un plaisir de conter ce trait, ne voulut jamais y ajouter foi.

Pendant ce temps-là, on travaillait avec force à faire revenir le Parlement, et bientôt le bruit courut que plusieurs lettres de cachet avaient été expédiées pour rappeler les exilés. Dans les différentes conversations que j'eus à Gompiègne avec M. Bertin, auquel ses attaches ne permettaient pourtant pas d'être entièrement pour le retour indéfini du Parlement, je découvris qu'il en était arrivé à croire une innovation nécessaire, ou du moins

qu'il s'y prêterait; mais il me disait toujours : a TotUe besogne qu'il sera possible d'attribuer à un tel ou à un tel ne réussira point : il faut qu'elle soit celle du Roi seul, et il pourrait prendre pour base la fameuse réponse qu'il porta lui-même au Parlement au mois d'avril 1765. »

M. de Sauvigny, cependant, avait reçu une lettre de M. de la Yrillière qui assurait le Parlement de la protection du Roi, et il avait été très bien accueilli par le nouveau garde des sceaux Miromesnil. Sa femme conservait encore de l'espérance et montrait de la fermeté. Je confiai à celle-ci mes idées sur la conduite noble que le premier président devait tenir. Elle me répondit : « Je vour drais bien avoir sa robe • » Dans le vrai, tous ces imbécileslà avaient tellement la raison pour eux, que, s'ils eussent * eu de l'élévation et des ressources dans l'àme, ils auraient déconcerté toute l'intrigue qui allait livrer le règne de Louis XYI aux plus terribles agitations.

A la fin d'août, on fit tous les soirs du tapage dans la cour du palais et aux environs ; les magistrats, à leur sortie, étaient hués et serrés parla canaille ; il y eut même une tète de cassée : celle d'un nommé Bouteille, espèce d'inspecteur préposé à la garde du palais. Le 3i, quatre mille personnes au moins étaient là à tirer des pétards et des fusées; on brûla sur la place Dauphine l'effigie du chancelier. Le lendemain, je courus chez Mme de Sauvigny, dont heureusement l'état me parut assuré : le palais était fermé de tous côtés et gardé par des soldats aux gardes; des postes étaient distribués aux environs pour empêcher le tumulte et les insultes. La pauvre première présidente était occupée à presser son mari d'aller trouver le Roi, et avait Tair peu contente de l'accueil que le premier président faisait à ses représentations. Rien ne les tranquillisait, et le gouvernement

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