MÉCONTENTEMENT DE MONSIEUR
Monsieur, d'un président et de quatre conseillers. Je ne dirai pas ici ce qui se passa à cette séance; je l'ai consigné sur une feuille à part. Monsieur sortit très mécontent. On cria : Vivent le Roi et M. le prince de Conti! mais on hua M. l'archevêque, moyennant six livres dont on avait gratifié la canaille. En rentrant à Versailles, Monsieur alla trouver le Roi : il avait l'air triste et même un peu irrité. Il n'avait eu pour lui, au Parlement, que dix pairs et M. le comte de la Marche. Cromot lui remit un mémoire de ma façon, où je cherchais à lui expliquer ce que Ton entendait par Cour pléniëre ou Cour de pairie. Bientôt, on chanta des chansons contre lui, et il courut aussi dans Paris une chanson de Collé (1) sur les revenants, et deux couplets sur les Parlements.
Le22décembre, nouveau billetde Cromot m'avertissant, cette fois, qu'il avait quelque chose à me dire de la part de Monsieur. Je l' allai voir; il m'annonça que les princes devaient se rendre au Parlement ; que Monsieur était prévenu qu'on voulait lui donner là de grandes leçons de droit public, et qu'il avait recours à moi pour avoir sa réponse toute prête; en un mot, qu'il souhaitait que je lui expliquasse mes idées sur ces matières. La commission me sembla délicate, mais je ne pouvais rien refuser au prince. Mme de Civrac (2) m'apprit que cette confiance de Monsieur était l'effet du bien que Mesdames avaient dit de moi dans l'intérieur. Elle m'exhorta fort à faire mes plans comme si je travaillais sous les yeux du Roi luimême. Le lendemain, j'arrivai de bonne heure au lever de Monsieur; il me parla de Mme d'Armagnac; puis,
(1) Charles Collé, littérateur, secrétaire ordinaire et lecteur du duc d'Orléans, né à Paris en 1709, mort en 1783.
(2) î" décembre 1774, — J'ai diné chez Mme la duchesse de Civrac. Je ne savais pas un mot de ce titre donné à Mme de Durfort et à son mari, et je lui en ai fait mes compliments, (/oumaf àe Moreau.)
lie MES SOUVENIRS.
quand il fut rentré dans sa bibliothèque, Magontier, son valet de chambre, m'appela par la porte qui ouvre sur la chambre à coucher. Je le suivis et dis à Monsieur d'un air embarrassé : « Je n'ose trop paraître; cependant M. Cromot m'a parlé, et Monsieur connaît mon zèle pour sa gloire.» Làdessus, nous entrâmes en matière : je lui exposai mes idées sur l'impartialité qui lui convenait, et sur le devoir qui l'obligeait de demeurer toujours attaché au trône, et de ne parler au Parlement que comme la raison et non comme l'autorité du Roi. Je lui contai ce qui m'était arrivé autrefois avec Mgr le Dauphin, son père, et les avis que j'avais eu l'honneur de lui donner dans un cas à peu près pareil. Je fus fort content de sa confiance, et il me pria de revenir à onze heures.
Je retournai chez le prince à l'heure indiquée; il m'avait déjà demandé. Je lui lus un mémoire, que j'avais commencé la veille, sur la manière dont il devait se conduire au Parlement; je lui promis de le lui rapporter fini, avec un projet de discours. Cela était d'autant plus nécessaire qu'on se préparait, au Parlement, à l'éblouir par de grandes déclamations de doctrine.
Au dîner de Mesdames, Madame Victoire m'appela et me dit très bas : « Avez-vous vu Monsieur? » Je répondis • bien bas aussi : a Oui, madame, et je lui ai bien répété de se tenir collé au Roi, de ne parler que comme sa raison, et fwn comme son autorité. » — a Vous avez bien fait n, répliqua-trcUe. Je suppliai ensuite Mme de Civrac de recommander à Madame le plus profond secret.
Je travaillai toute la journée du 24 au mémoire et aux
projets de discours. Mon opinion était que Monsieur ne
s'opposât plus aux Remontrances, mais qu'il fût nommé
des commissaires, et proposé de commencer les Remon-
' trames par un exposé de la doctrine qui fût un déçaveu