‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 7 sur 307 · REMISE DU DON DE JOYEUX AVÈNEMENT · texte numérisé non relu

REMISE DU DON DE JOYEUX AVÈNEMENT

les ordres du feu roi pour les enfreindre sitôt. » La princesse, alors, demanda que son fils fût du moins autorisé à envoyer un mémoire à Sa Majesté, qui répliqua : m II en est bien le maître, et je le recevrai, »

Le parti de M. de Ghoiseul, pour se dépiquer, chansonnaît M. de Maurepas : on nous apporta un jour, chez la princesse d'Armagnac, un mauvais couplet contre lui et même contre le Roi. Ce prince, cependant, avait l'air moins timide qu'autrefois, et il semblait que la bonté l'embellissait. Il remit le don de joyeux avènement et se chargea de toutes les dettes du feu roi. Quand je l'appris, je brochai là-dessus un préambule d'édit, que je croyais propre ' à accrocher l'enthousiasme public, et je le portai à M. le

contrôleur général (1), qui m'en témoigna la plus grande reconnaissance; mais il était trop tard pour adopter mon ouvrage : l'édit était déjà au Parlement; il m'en donna lecture. Le préambule était bien, mais simple. Il m'annonça I qu'il venait de prendre l'ordre du Roi pour les monnaies,

I et qu'il n'y aurait aucun changement dans leur valeur ;

I que les pièces nouvelles seraient de même poids et de

I même titre que les anciennes, le coin seul en étant diffé-

rent, et que celles des deux règnes courraient ensemble. Il était enchanté de Louis XVI : « Il s'applique et entend tout, me dit-il ; je lui communique sur toutes les parties de

(1) Joseph-Marie Terray, né à Boên (Loire) le 9 décembre 1745, conseiller-derc au Parlement de Paris, fut le seul, en 1755, lors de la démission générale des parlementaires, & ne pas donner la nenne, devint rapporteur de la Cour pour toutes les grandes affaires, prit une part active à l'expulsion des Jésuites, reçut en récompense, en 1764, Tabbaje de Molesmes, au diocèse de Langres, fut nommé contrôleur général en 1769, ministre d'État en 1770, obtint, en 1773, l'intendance générale des bâtiments royaux et la direction des beaux-arts. Sur le point d'être congédié par Louis XVI, il envoja sa démission le 24 août 1774, et mourut à Paris le 22 fé* ▼rier 1778.

mon administration des mémoires courts; il les lit avec mot, les serre^ me questionne ^ et si^ comme je le lui conseille, il les classe tous en ordre^ S ici à trois mois, il saura tout autant de finance que moi. »

Le Roi écrivit un grand nombre de lettres dans les premiers jours de son règne : on en citait de tous côtés. Plu-sieurs ministres en reçurent; elles avaient de l'incorrection dans le style, mais de la vérité dans les choses et de la force. M. de Boynes lui ayant demandé ses ordres à Toocasion de quelques Barbaresques, il apostilla le mémoire de sa main, et sa réponse était a qu'il avait trop de confiance dans ses lumières pour lui rien prescrire » ; il terminait par cette phrase : a Je n'oublierai point le service que vous avez rendu au Roi, mon grandrpère, dans une circonstance bien importante. »

M. de Belsunce (1) briguait la place de premier écuyer; il la demanda au Roi, qui lui écrivit : « Vous avez trente^ deux ans; vous êtes colonel d'un beau régiment et brigadier des armées; il n'y a que quatorze mois que vous m* êtes attaché : à peine est-ce que je vous connais. Continuez de bien me servir, et attendez tout de votre fidélité à remplir vos devoirs. »

Quelque temps après, le duc de Noailles alla le trouver pour solliciter la permission de remettre à son filsTexercice de sa charge. Il allégua son âge, sa santé, ses vieilles habitudes qui le rendaient étranger dans la nouvelle Cour. Sa Majesté l'écouta jusqu'au bout et lui répondit : « Vous me servirez comme vous voudrez^ sans vous gêner en rien, mais vous ne me quitterez pas; je sais combien vous étiez attaché à mon grand-père, et j'aime les honnêtes gens. »

(1) En 1790, le comte de Belsunce était en garnison à Caen, où il protégeait la circulation des grains, lorsque, dans une émeute, il fut massacré par le peuple. Une femme lui arracha le cœur et le porta en triomphe.

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