‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 61 sur 307 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'ayocat Gerbier. — Le comte de Guines, ambassadeur en Angleterre, contre Le Tort, son secrétaire. — Lutte de Gerbier et de Linguet. — Démêlés de celui-ci avec l'ordre des avocats. — ÉchirciuefMnU. — Gerbier et Mme de Giac. — Linguet rayé du tableau des avocats. — Talents et cautères. — Mme de Béthune. — Origine deTaffaire de Guines contre Le Tort. — LesAnglais créanciers de Le Tort. — Partialité du duc d'Aiguillon. — Conseil des dépèches.

— Propos du duc de Choiseul. — Correspondance secrète de M. de Choiseul et de M. de Guines. — Cartons, — Procès deM.de Guines d'après les plaintes. — Partialité de la Reine. — De l'origine et des progrès du procès de M. de Guines. — Jugement du Chàtelet. — Le procès recommence. — Rappel de l'ambassadeur. — II gagne sa cause. — Gerbier hors Cour. — M. de Bellegarde et M. du Moulier. — M. de Lally. — Conseil de guerre et Parlement. —Arrivée de l'archiduc Maximilien. — Le carnaval à Versailles. — Tracasserie suscitée par le comte de Burgau. — La fête du château et la fête du manège. — Proverbes et chansons. — La petite académie de peinture. — Départ du comte de Burgau. — Résultats de son voyage. — Mort de Mme de Sauvigny. — Titres de la maison de Laval. — Les sept péchés capitaux. — Histoire de M. de Fitz- James. — Affaire de M. de RoujQîgnac et de M. de Montalembert.

— Mort de l'abbé Soldini.

L'avocat Gerbier (1) avait traité, le 14 décembre. 1774, de la charge d'intendant des finances de Monsieur : il l'avait achetée de Ménard (2) 80,000 livres. Cromot

(1) Pierre-Jean-Baptiste Gerbier, célèbre avocat né à Rennes en 1725, débuta à Paris en 1753, y plaida avec un succès toujours croissant, fut b&tonnieç de l'ordre et mérita d'être surnommé l'Aigle du barreau. En 1771, lors de l'exil du Parlement, il se sépara de ses confrères, consentit à plaider devant la commission qui remplaçait l'ancien Parlement, et soutint le Parlement Maupeou. 11 mourut à Paris en 1788.

(2) Ménard de Seillac.

l'avait porté à cette démarche^ mais M. de Fontette était arrivé, et avait prévenu le prioce des bruits qui couraient sur Gerbier par rapport à des tripotages de fonds, et des imputations qui se trouvaient contre lui, dans un mémoire de M. de Guines (1) contre son secrétaire Le Tort. Ce mémoire n'était pas péremptoire : seulement on y voyait une lettre de Gerbier qui prouvait qu'il y avait eu une déposition faite à Londres, et projetée à Paris dans son cabinet. D'un autre côté, c'était une calomnie bien absurde que l'accusation formulée contre lui par les frères Michelin. Il m'avait autrefois parlé de sa fortune : elle était très obérée au moment de la révolution qui fut faite dans le Parlement par M. de Maupeou ; il était chargé de rentes viagères, et avait de gros fonds dans des affaires encore improductives. Il fut forcé de plaider et ne s'y décida que parle conseil de M. le prince de Conti. De plus, il craignait le chancelier qui était en état de lui ôter le pouvoir de payer même ses dettes. A toutes les imputations lancées contre lui, Gerbier répondit d'une manière qui me parut convaincante. J'étais fort touché de son état et cherchais à lui être utile; aussi proposai -je d'ameuter le Conseil afin que, le samedi 28 janvier 1775, jour indiqué pour notre assemblée, nous pussions lui rendre un témoignage unanime. Mais l'avocat Linguet (2) venait de publier un

(i) Adrien-Louis de Bonnières, comte, puis duc de Guines, né à Lille en 1735, brigadier des armées du Roi en 1762, ambassadeur à Berlin en 1770 et à Londres jusqu'en 1776, mort à Paris en 1806.

(2) Simon-Nicolas-Henri Linguet, né à Reims en 1736, entra au barreau vers TéLge de trente ans et y obtint d'éclatants succès, surtout en plaidant pour le duc d'Aiguillon et pour le comte de Morangiés ; fut rayé du tableau pour avoir abusé du droit d'attaquer et de railler ses confrères, rédigea le Journal politique et littéraire^ dont le privilège lui fut enlevé en 1776; partit pour l'étranger, où il publia les Annales littéraires et politiques du XVIIP siècle; revint en France, se fit enfermer & la Bastille en 1780; fut forcé de s'expatrier de nouveau; se rendit à Londres, à Bruxelles, puis & Vienne; se con-

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