INCULPATION DE M. DE GUINES CONTRE M. D'AIGUILLON
les reproches les plus amers de les avoir permises sans le consulter (1).
M. de Guines revient au mois d'août 1773; à cette époque seulement commencent les procédures. Il apprend qu'il a été remis au Roi et au Conseil un aperçu de son affaire, et, dans ses mémoires, il témoigne beaucoup de mécontentement de cet aperçu; mais il ne dit nulle part qu'il ne l'a connu que par M. le duc d'Aiguillon, qui le lui avait communiqué en l'invitant à y répondre, et qu'effectivement, il y fit une réponse qui a plus de treize ou quatorze pages, tandis que l'aperçu n'en a pas plus de quatre ou cinq : M. de Guines donne un mémoire; il convient qu'on l'a déposé entre les mains des commissaires dont le Conseil a suivi l'avis; M. de Guines a conservé son ambassade, quoique ses trois ans fussent finis, et il en jouit encore lorsque déjà *M. d'Aiguillon n'est plus ministre I Or^ dans tous les mémoires qu'il a publiés, il laisse clairement entendre que toute son affaire est un complot, une machination de M. le duc d'Aiguillon : voilà l'inculpation publique.
Cependant, point de plainte contre lui : que doit^il faire? A la fin de février 1775, il écrit une lettre au Roi, et le prie de juger sa conduite et de parcourir toute sa correspondance. Le Roi ordonné qu'on en tire des extraits : M. de Yergennesfait faire des copies; Sa Majesté examine tout. Le rapport est lu au Conseil le 2 mars; on propose deux lettres : l'une à M. d'Aiguillon, pour le prévenir que ' le Roi est content et justifie l'ancien ministre; l'autre à M. de Guines, pour lui enjoindre de ne plus le diffamer. Le Roi fait remettre la délibération au Conseil des dépêches
(DM. d'AigailloD fit plus : il offrit à M. de Guines d'empêcher qa*on ne rendit plainte ou qu'on ne la suiTtt. M. de Guines conyient dans ses Mémoires qu'il ne Toulut point de cette voie. (Note de Moreau.)
suivant, où étaient M. de Sartine, M. d'Aguesseau et M. de Fleury. M. de Maurepas y interpelle M. de Sartine sur les interrogatoires de la Bastille. M. de Sartine, qui craint la Reine, biaise; M. de Maurepas le presse; il est obligé de tout dire, et le Roi s'écrie alors : a On a bien trompé la Reine {l)\ » Résolution unanime est prise d'écrire les deux lettres, et d'envoyer à M. de Guines copie de celle que l'on adresse à M. d'Aiguillon, et qui est un jugement du Conseil dans une affaire dont M. de Guines n'a point saisi les tribunaux. Il peut rendre plainte; mais jusque-là, s'il n'a pas de procès avec un ancien ministre, lui est-il permis de le diffamer?
Je reviens au mémoire de M. de Guines. Le ministère avait été prévenu, dès le 17 mars, de l'avertissement qui se trouvait en tète de cet écrit, et on avait expédié un cour* rier à l'auteur avec ordre deje supprimer. Il le fit attendre six heures, et répondit qu'il n'était plus temps. Puis il se rendit à Versailles et donna un mémoire au Roi. Le 19, on s'occupa au Conseil du mémoire et de l'audacieux avertissement. Le lendemain, M. de Guines soupait chez Mme Élie de Beaumont; à une heure après minuit, Target lui demanda ce qui s'était passé au Conseil : « Je n'en sais n'en, répondit-il; ils ne me feront ni pendre ni emprisonner; s'ils m'exilent, je casserai les vitres 9 et quelque jour cela me servira à quelque chose. » M. le duc de Choiseul, à propos de ce mémoire, ne craignit pas d'avancer, en pleine table, que toutes les fois qu'un accusé rencontrait un plan de machination contre lui, eût-il le Roi pour auteur, il pouvait et devait le dénoncer au public. Un homme de loi qui était là assura qu'il y
(1) Le comte de Broglie, Favras , et tous ces gens que le duc d'Aiguillon avait fait mettre à la Bastille , étaient fourrés dans les intrigues contre lui. {Note de Moreau.)