LIT DE JUSTICE
la Tournelle la connaissance de ces émeutes. Le Parlement ne les enregistra pas; il rendit seulement arrêt, ordonnant qu'il serait informé par la Grand'Chambre et les Chambres assemblées, et que cependant le Roi serait supplié de prendre des mesures pour faire diminuer le prix du pain. Cet arrêt fut affiché, mais le Roi fit enlever les affiches, et réunit un comité auquel assistèrent M. de Miromesnil, M. de Maurepas, M. Turgotet M. du Muy; M. de Sartine n'y était pas. Il s'agissait de casser l'arrêt du Parlement; c'était l'avis de M. Turgot, et M. de Miromesnil se démena vainement pour l'en faire changer. On finit par dresser des lettres patentes pour dépouiller le Parlement de la connaissance de cette émeute, et pour ordonner que les coupables seraient jugés prévôtalement.
Le vendredi 5 , le Parlement reçut ordre de se rendre à Versailles, oii Sa Majesté tint, à deux heures, son lit de justice, et fit enregistrer les lettres patentes dont je viens de parler; elles furent partout affichées à la place de l'arrêt.
Dès le 6, le pain diminua aux marchés : d'un côté, les fermiers eurent peur et y portèrent; de l'autre, le contrôleur général, dérogeant à son système, fit sous main donner des ordres aux fermiers ; je le sus pertinemment par celui du Moulineau, au bas de Meudon. Paris avait l'air d'une ville de guerre : toutes les rues étaient encombrées de troupes qui montaient la garde; aussi n'y eut-il plus de mouvements dans les marchés; mais les pillards de greniers allèrent dans les villages de l'Ile-de-France, et continuèrent à se faire livrer le [blé à bon compte et à piller les fermes. Cette commotion s'étendit assez loin, puisqu'elle se propagea jusqu'à Sens. Selon toute apparence, elle fut, sinon méditée , au moins excitée par des gens méchants et ennemis du gouvernement. M. de la Blache, qui revenait de Lyon, remit à M. Turgot de faux