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INSTITUTIONS POLITIQUES ET MORALES

pas que, sur des questions aussi importantes et dans lesquelles l'abus est si voisin de la règle, on laissât les princes dans une ignorance aussi profonde, et qu'on exposât l'héritier présomptif du trône, en ne lui donnant aucuns principes fixes sur cette matière, à flotter éternellement entre les écarts et la licence de l'irréligion qui pourrait lui faire tout entreprendre, et la pusillanimité du fanatisme qui voudrait lo réduire à tout souffrir. Je désirais que le prince fût instruit de tous ses droits et connût, en même temps, tous ses devoirs. M. le duc de la Vauguyon eut bien de la peine à se rendre ; il n'admettait, sur ce point, d'autre vertu que la docilité, et je prétendais, moi, que cette docilité devait être éclairée. Je fis pourtant mon travail et je le lui portai. Je l'avais écrit sous une nouvelle forme : je l'avais rédigé en entretiens entre le prince et son gouverneur, parce que je souhaitais qu'il devint un exemple de la méthode à suivre pour forcer les princes à découvrir eux-mêmes des vérités qu'on leur présente ordinairement toutes mâchées, et qu'on leur épargne même la peine de digérer. Je crois être parti de vérités évidentes et avoir pris un juste milieu entre tous les excès.

Ce qui m'a fait juger ainsi, c'est qu'ayant montré cet ouvrage à différents évéques que l'on n'a pas soupçonnés d'être parfaitement d'accord entre eux, je les ai vus tous donner beaucoup d'éloges à ma production. J'ai répété la même épreuve auprès de magistrats que l'on ne supposait point trop dévoués à l'épiscopat, et, à ma grande satisfaction, je les ai eus encore pour approbateurs. M. le duc de la Vauguyon lui-même fut très étonné de n'avoir rien à critiquer dans mes maximes ni dans les conséquences que j'en tirais. Il a gardé mon travail, mais j'ai lieu de penser qu'il ne l'a jamais remis à nos princes. Ces matières, ce-

pendant, me paraissaient très dignes de leur être présentées, et c'est principalement afin de prévenir toutes les disputes de religion, qui ont si fort importuné le gouvernement, que j'ai fait depuis, pour moi seul, un écrit intitulé : Des bornes de V esprit humain, où je prescris également des bornes aux recherches dangereuses de la philosophie et aux curiosités inutiles des théologiens. Ces ouvrages m'occupèrent jusqu'à la fin de l'année.

Peu de jours avant le voyage de Fontainebleau de 1768, on obtint enfin la démission du vieux chancelier de Lamoignon; et sur celle du vice-chancelier, qu'on lui avait donné pour successeur, M. de Maupeou, fils de celui-ci et premier président du Parlement, réunit le titre de chancelier et celui de garde des sceaux (1).

Je l'avais connu autrefois au Palais et chez son père; je n'avais jamais eu avec lui aucunes relations d'affaires, encore moins d'intimité. J'allai à Versailles lui rendre ce que l'on doit à un nouveau ministre. Dès qu'il m'aperçut, il s'approcha de moi et me dit à l'oreille : « Je vous ai écrit pour vous prier de venir me voir; je vais ce soir à Paris, et vous y trouverez mon billet. »

Effectivement, on me remit sa lettre quand je rentrai chez moi : il me donnait rendez-vous au Palais, le lendemain^ quatre heures du soir , Lorsque j'arrivai,il n'était pas là. Son suisse me demanda mon nom, m'avertit que la porte était ouverte pour moi, et qu'il était chargé de me faire des excuses de ce tjue Monseigneur avait été obligé de sortir un moment. Surpris de ce compliment, je le fus encore bien davantage de l'accueil que je reçus du chancelier et des éloges qu'il me prodigua. Il me témoigna tous ses

(1) René-Nicolas de Maupeou, né à Paris en 1714, succéda à son père comme chancelier en 1768, fut exilé en 1774 et mourut en

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