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UNE INTRIGUE DE M. DE MONCLAR

celier, prétendant remettre en vigueur les droits de saplace, avait décidé de juger lui-même les affaires, sous prétexte d'en rendre compte au Roi dans son travail particulier.

J'avais instruit la nôtre avec soin, et je ne doutais pas du succès, lorsqu'un jour je passe à la chancellerie pour en savoir des nouvelles. M. Pétigny (i), secrétaire de la chancellerie, m'apprend devant dix personnes que notre procès est gagné, et me montre l'arrêt tel que je pouvais le désirer. J'en fis part à ma compagnie, qui en éprouva la plus grande joie, et je sollicitai l'expédition de l'arrêt. Tout cela eut lieu à la fin de décembre 1768.

Je demeurais à Paris, et heureusement M. le chancelier était souvent à Versailles, sans quoi je n'aurais pas d'autre témoignage de ce qui va suivre, que mon assertion et ma bonne foi. Mais, pressé par la cour des aides de Provence, qui demandait à cor et à cri l'envoi de son arrêt, j'écrivis deux fois,'pendant le mois de janvier 1769, à M. Pétigny, afin de hâter l'expédition qui m'était promise. Il me répondit, les deux fois, que je n'eusse aucune inquiétude, qu'il s'agissait de la faire signer à M. de la Vrillière, que je pouvais être tranquille et assurer ma compagnie qu'elle l'aurait incessamment. Ces deux réponses sont datées.

A la fin de janvier, il m'arrive des lettres d'Aix, qui me mandent que M. de Monclar a écrit et que M. de la Tour débite que nous avons perdu notre cause contre les Trésoriers de France. Outré de douleur, j'envoie une longue lettre à M. le chancelier pour me plaindre de ces bruits, et pour le prier de les faire cesser par l'expédition de mon arrêt. Je ne reçois point de réponse. Je m'adresse à Pétigny. Je le trouve jaune comme un coing et consterné;

(4) Pétigny est fait secrétaire du garde des sceaux. (2 novembre 1761, Journal de Moreau.)

il me serre la main et me dit : « Mon ami, cette malheureuse affaire m'a rendu malade : le chancelier a déchiré l'arrêt et en a fait un autre. » Il ne m'en apprit pas davantage» me garda un profond silence sur l'intrigue qui avait produit ce revirement : c'est plus d'un an après qu'il m'a avoué que M. de M onclar, dans l'unique but de me perdre auprès de ma compagnie et de l'abaisser elle-même, avait exigé du chancelier qu'il changerait son arrêt. Celui-ci avait vraisemblablement combattu, car rien n'était plus injuste que le second jugement; mais ensuite il avait cru devoir céder pour des raisons dont j'ai déjà indiqué la principale, et dont les autres peuvent être liées à des dessous de cartes que je ne veux pas prendre la peine de chercher. J'avais besoin de consoler Pétigny, mais je ne me consolais pas moi-même; j'étais au désespoir de voir que l'intrigue serait désormais l'unique ressort de toutes les affaires, et, dès le soir, j'eus des maux de nerfs effroyables.

Le lendemain, j'écrivis à M. le chancelier et lui demandai un rendez-vous; j'écrivis aussi à mon premier président, lui confiai une partie de ce que je savais, et le priai surtout de ne point compromettre Pétigny ; aussi ne l'a-til jamais été.

Deux jours après, j'eus une réponse du chancelier : il me convoquait à Versailles; j'y allai, et j'étais si changé que l'on eût pu supposer que j'étais malade depuis six -semaines. Je rencontre Pétigny à la porte du chancelier; il était mon ami dès le temps où nous étions ensemble au Palais; il me prend la main et me dit tout bas : « Ah! mon ami, quand j'aurai une fois annoncé un arrêt rendu, je le garderai si bien qu'on ne me le reprendra pas. » J'entre. M. le chancelier avait un air sévère, et ce qu'il y eut de plus singulier, c'est qu'il sonna et manda Pétigny, devant qui il voulait m' entendre et parler. Je m'assis; mes genoux

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