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LES EAUX D'AIX-LA-CHAPELLE

J'ai parlé du dernier ouvrage que j'avais écrit en 1768. Ce fut après celui-là que M. de la Vauguyon me dit : « II est temps, enfin, de vous mettre à l'exécution du vaste plan conçu par feu M. le Dauphin sur l'histoire de France. » Je commençai ce travail avec le plus grand plaisir, et j'en étais déjà assez loin dans la seconde race, lorsque mes infirmités vinrent m'assaillir. A mesure que je composais, je portais au gouverneur des princes les cahiers de mon manuscrit. Ils servaient à leurs lectures, et toutes les lettres de M. de la Vauguyon, que j'ai encore, prouvent que les princes me suivaient assez rapidement; mais je pensais être suffisamment avancé pour qu'ils ne s'aperçussent que fort peu d'une absence de deux mois par laquelle je me flattais de recouvrer la santé.

Nous nous arrêtâmes à Bruxelles chez M. le duc d'Aremberg, qui nous mena passer plusieurs jours dans sa terre d'Heverley, aux portes de Louvain. Le bon air, le mouvement du voyage, plus que tout, l'éloignement des affaires que je voulais oublier, me soulageaient peu à peu. Nous restâmes à Aix-la-Chapelle trois mois au lieu de deux; nous en partîmes vers le milieu d'août, si bien que j'eus encore le temps de me rendre à Compiègne.

Pendant mon séjour à Aix-la-Chapelle, quelques défenses que j'eusse reçues de me livrer à aucun travail, je ne pus résister à la tentation de visiter les archives de la grande église de cette ville impériale, où je soupçonnais devoir trouver divers anciens monuments de Charlemagne et de ses successeurs immédiats. Il y en a effectivement beaucoup, mais très inconnus à l'ignorance des membres du chapitre. Je vis le grand doyen, et je m'assurai que son corps se prêterait aux recherches que nous désirerions faire plus tard dans leurs dépôts. A mon

retour, je proposai à M. Bertin de mettre sous les yeux du Roi un Mémoire pour autoriser ce travail ; Sa Majesté y apposa un bon que j'ai conservé. Peut-être sera-t-il un jour très utile de suivre mon idée; j'étais alors trop affaibli et trop malade pour en pousser plus loin l'exécution.

M. de Cambrai nous avait rejoints à la fin de juin; l'évéque de Lavaur, depuis archevêque d'Aîx, et sa sœur, la chanoinesse de Remiremont, y arrivèrent aussi. Notre société, réunie à celle des étrangers qui abondent dans cette ville, me parut très agréable. Je me baignai et pris les eaux pendant deux mois; mais je n'éprouvai de changement sensible qu'à ma rentrée en France.

M. d'Albertas, premier président de ma compagnie, ne me sentant pas en état de lui être utile, était venu à Paris pour y suivre nos affaires contre le Parlement, et tacher d'arrêter le cours de nos défaites multipliées. Les choses avaient été poussées, en Provence, jusqu'au dernier période de folie, à l'occasion de ce nouveau démêlé dans lequel le Parlement avait été l'agresseur. Il avait fait informer contre la Cour des comptes, et la Cour des comptes avait riposté par des informations contre luimême. M. de Monclar n'avait voulu qu'exciter celle-ci à se livrer à des extravagances; quant à celles de sa compagnie, il se croyait bien sûr de les couvrir ou de les faire oublier, grâce à la confiance de M. de Choiseul et au secours de M. le chancelier, sur lequel il comptait encore. Il fallait nécessairement quelqu'un qui pût défendre ou du moins excuser la nôtre, car je lui avais toujours mandé que je ne pourrais la servir dès qu'elle cesserait d'avoir raison; en outre, j'étais hors de combat.

M. d'Albertas m'écrivit, de Paris, qu'il n'irait à Com-

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