TRAIT DE M. DE MONCLAR
piègne qu'après le milieu du voyage, et qu'il tenait à conférer avec moi avant de s'y rendre. Il vint pour cela me voir à Ville d'Avray, où le plaisir de retrouver ma femme et ma fille m'avait fait beaucoup de bien : dans ces maladies de nerfs, surtout quand elles ont eu des causes morales, les remèdes moraux ne peuvent être trop employés, et les satisfactions de l'âme en sont de très puissants. M. d'Âlbertas m'engagea à aller passer quelques jours à Verderonne, chez Mme d'Andlau, bien persuadé qu'il m'entraînerait de là jusqu'à Compiègne, qui n'en est qu'à cinq lieues. Je consentis à tout, et effectivement je restai cinq ou six jours à Compiègne, cherchant à l'aider de mes conseils, parce que je n'avais plus d'autre service à lui rendre.
M. de Monclar y était, assiégeant les ministres, faisant redouter ses intrigues au chancelier, et obtenant tout, soit de l'amitié, soit de la crainte. On peut juger de son caractère par ce trait : M. d'Albertas avait alors au Conseil une affaire personnelle; son rapporteur était M. de Giac. M. de Monclar rencontra un jour le jeune M. d'Albertas, lui parla de cette affaire, lui affirma qu'il gardait, à cet égard, la plus exacte neutralité, et, afin de lui persuader qu'il était sincère, il lui demanda le nom de son rapporteur. Ce jour-là même, MM. d'Albertas dînaient chez M. le chancelier avec M. de Giac, qui leur apprit que, dès le matin, M. de Monclar était venu chez lui pour le solliciter en faveur de M. de Nibles, leur partie adverse ; si bien que c'était après avoir parlé le matin contre eux que M. de Monclar les assurait, à midi, de sa parfaite neutralité. Fatigué de ma maladie, irrité de tant de faussetés, je laissai M. d'Albertas à Compiègne, où il échoua presque partout, et je retournai me reposer à Verderonne, dans le sein de l'amitié.
Pendant les six jours que je passai à Compiègne, je vis plusieurs fois Mme la comtesse de Noailles ; elle me réitéra les assurances obligeantes qu'elle m'avait données à Marly un an auparavant. Il est temps de faire connaître les obligations que je lui ai.