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MÉMOIRE POUR LE MARÉCHAL DE RICHELIEU

jusqu'à la Toussaint. M. d'Albertas et son fils étaient retournés en Provence ; je veillais sur ce qui pouvait intéresser ma compagnie, mais je ne sollicitais plus pour elle, parce que je savais que je l'eusse fait inutilement. Elle était écrasée de tous côtés, et M.. de Monclar, qui était à Fontainebleau, continuait de l'accabler du poids de sa colère.

Ce fut pendant ce voyage que je sentis la possibilité de me remettre à des ouvrages sérieux. Un jour, M. de Boynes, qui n'était encore que conseiller d'État, vint me trouver pour me demander en grâce d'aider le maréchal de Richelieu (1) de mes conseils et de ma plume, dans une affaire qu'il avait avec le parlement de Toulouse : celui-ci avait fait imprimer et afficher l'arrêt le plus injurieux pour le gouverneur de Guyenne. Je me laissai vaincre ; l'avouerai-je, j'étais flatté, en secret, que l'on eût recours à moi toutes les fois qu'il s'agissait de remettre dans la règle ces grands corps qui alors, de tous côtés, voulaient usurper et envahir. J'examinai cette affaire : le Parlement avait visiblement excédé ses pouvoirs. Je découvris différents arrêts du Conseil, rendus autrefois par le chancelier d'Aguesseau, et par lesquels il avait réprimé de pareilles entreprises. Je fis des Mémoires; je traitai la question avec la plus grande force. Le maréchal de Richelieu me caressa beaucoup et me suivit à Paris. Quelque claires que fussent nos raisons,

(4) Louis-François-Armand du Plessis de Vignerot, maréchal, duc de Richelieu, né le 13 mars 1696, mort en 1788; membre de l'Académie française, gouverneur de Cognac, ambassadeur à Vienne en 1722, lieutenant général du Languedoc en 1738, maréchal de France en 1748. Il avait été marié, dès le 11 février 1711, à Anne-Catherine de Noailles, fille unique d'un oncle du maréchal duc de Noailles, morte sans enfants le 7 novembre 1716; il épousa en secondes noces, le 7 avril 1734, Elisabeth-Sophie, née princesse de Lorraine etsœur du dernier prince de Guise. Elle mourut le 2 août 1740.

nous eûmes bien de la peine à réussir, tant on avait peur des Parlements; je ne puis trop le répéter : si on les avait moins craints, nous serions assez heureux pour les avoir encore.

Enfin, nous en vînmes à bout, et nous obtînmes l'arrêt que M. le maréchal de Richelieu sollicitait et auquel, pour des raisons que je ne chercherai point à développer, M. le chancelier s'était toujours refusé. Ce succès m'a valu l'honneur d'être présenté depuis à M. d'Aiguillon (1), par le duc de Richelieu, avec toute la légèreté qu'il apporte à ses recommandations.

Je m'occupai, dans ce même voyage de Fontainebleau, des moyens défaire réussir le projet que Mme la comtesse de Noailles avait sur moi. Je le confiai à M. Bertin, qui voulut bien la voir plusieurs fois à ce sujet. Il nous démontra que notre dessein était manqué si jamais il était connu, et que M. de Choiseul, qui ne m'aimait point, tenterait l'impossible pour me donner un croc-en-jambe; nous ne pensions alors, ni les uns ni les autres, à M. l'abbé de Vermond. Mme la comtesse de Noailles, qui devait travailler avec le Roi, prit le parti d'obtenir de lui un Bon par lequel Sa Majesté promettait de lui laisser le choix et la nomination de tous ceux qu'il serait nécessaire d'attacher à Mme la Dauphine pour les instructions qu'elle désirerait. Par là, je me croyais sûr d'être placé sous quelque titre que ce fût, car j'étais déjà nommé, in petto, par la dame d'honneur ; elle m'apporta même une copie de ce bon, transcrite de sa main, et je rentrai à Paris persuadé du succès de mon affaire (2).

(1) Emmanuel-Armand de Vignerot du Plessis-Richelieu, duc d'Aiguillon, né le 31 juillet 1720, mort en 1780. 11 épousa, le 4 février 1740, Louise-Félicité de Bréhan-Mauron, fille du comte de Plélo, ambassadeur en Danemark, et d'une sœur du comte de Saint-Florentin.

(2) M. le comte de Noailles est venu me voir ce matin, et m'a prié

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