‹ Mes souvenirsChapitre 110 sur 207 · DÉPART DE M. DE MONCLAR · texte numérisé non relu

DÉPART DE M. DE MONCLAR

Je retrouvai M. de la Vauguyon ; je me remis à mon Histoire de France, et je ne cessai plus de lui apporter, tous les quinze jours, trois ou quatre cahiers manuscrits de cet ouvrage. U m'en adressait beaucoup d'éloges et m'assurait que les princes en étaient très contents. Ce fut même à cette époque qu'il me fit l'honneur de me présenter pour la première fois à Mgr le Dauphin. Peut-être aurait-il mieux valu, pour ce prince et pour moi, me donner le moyen de disserter avec lui sur tous ces objets; mais je remarquais depuis longtemps, et je me suis bien convaincu par la suite, que M. de la Vauguyon avait toujours craint que je n'approchasse des princes. Ses vœux ont été remplis au delà de ses espérances, et c'est sa mémoire qui m'a fait tort.

Enfin,, le redoutable M. de Monclar nous quitta; voici comment : M. Maynon d'Invau pliait bagage pendant ce voyage de Fontainebleau; M. de Ghoiseul désirait faire du procureur général de Provence un contrôleur général ; le chancelier le savait et n'en voulait pas ; il se hâta de lui accorder tout ce qu'il pouvait demander; et, lorsque M. de Monclar n'eut plus de prétextes pour rester, M. le chancelier parla au Roi de la nécessité de le renvoyer, et s'en fit donner l'ordre. Il prévint même Sa Majesté contre le grand Mémoire sur Avignon qui avait été imprimé : le Roi était religieux et ne consentit point à ce que ce Mémoire vît le jour. Il fut donc supprimé comme le mien, qui eût pu paraître sans danger. M. de Choiseul, pour payer son ami de ce travail, lui obtint 9,000 livres de pension sur les affaires étrangères, 60,000 livres d'argent comp-

de travailler à un petit compliment pour le moment où il recevra Mme la Dauphine à Strasbourg. 11 compte être nommé ambassadeur extraordinaire pour cette fonction et, en cette qualité, doit commander toute la maison. (28 décembre 1769, Journal de Moreau.)

tant et 40,000 livres en dédommagement des frais de l'édition, dont le libraire a reçu 18 à 20,000 livres. Tout cela était égal au chancelier ; ce qu'il souhaitait, c'est que M. de Monclar partît. Il lui en intima Tordre par une lettre. Alors, M. de Monclar, qui savait que sous peu de jours M. d'Invau devait déménager, fut malade et garda sa chambre. Cette simagrée dura quinze jours, pendant lesquels M. d'Invau temporisa. Mais M. le chancelier ne perdait pas de vue son objet ; il réitéra tant de fois ses semonces, que M. de Monclar fut obligé de retourner en Provence, d'où il n'est pas revenu.

Ces intrigues prolongèrent un peu le ministère de M. d'Invau ; il ne quitta sa place qu'au retour de Fontainebleau, et M. de Maupeou, se trouvant maître du champ de bataille, confia les finances à l'abbé Terray (1). Je n'avais rieû à craindre de ce ministre ; je l'avais autrefois connu au Parlement, où il était conseiller à la Grand'- Chambre ; il renvoya tout ce qui avait été attaché à son prédécesseur, et rappela Cromot, que M. de Choiseul avait fait disgracier aussitôt après avoir culbuté M. de Laverdy.

Cromot m'a avoué depuis que ce n'était pas sans raison qu'il avait été enveloppé dans la disgrâce de M. de Laverdy. Il avait été, en effet, l'un des principaux agents de l'intrigue formée par celui-ci pour renverser M. de Choiseul; c'était bien là le pot de terre contre le pot de fer. J'ai toujours pensé que M. de Choiseul devait sa disgrâce, non à l'adresse et aux pièges de ses ennemis, mais à sa propre légèreté et à l'étourderie de ses amis ; il ne tenait plus à rien lorsque M. le chancelier l'a poussé à bas.

(1) Joseph-Marie Terray, né à Boën (Loire) en 4715, mort & Paris en 1778.

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