‹ Mes souvenirsChapitre 124 sur 207 · COUP DE. FORCE DU CHANCELIER · texte numérisé non relu

COUP DE. FORCE DU CHANCELIER

moitié avec lui dans les assurances qu'il donna au Parlement au commencement de janvier 1771 ; elles occasionnèrent la reprise du service le lundi 7, après laquelle on se dépêcha, le mardi, de juger la séparation de Mme de Monaco. Quoi qu'il en soit, le service du Palais ayant cessé de nouveau le mardi 15 janvier, M. le chancelier sentit que le raccommodement était impossible, et que le Parlement n'ayant pu sauver M. de Choiseul ne .voulait plus que le venger en le perdant lui-même; il se détermina alors à tout pousser aux dernières extrémités pour se mettre en sûreté.

Mais comme il n'avait pas compté que les choses iraient aussi loin, son plan n'était point fait; il espéra d'abord diviser la compagnie ; il se crut assuré, pendant le mois de janvier et celui de février, de conserver une partie des anciens membres du Parlement. Lorsqu'il dut renoncer à cette espérance, il avait tiré Fépée ; il jeta le fourreau, et il détruisit la Cour des aides et le Grand Conseil. Il était même perdu sans M. de Boynes, qui lui sauva les débris de ces deux compagnies.

Celui-ci était un des membres du conseil qui tinrent le Parlement intermédiaire jusqu'à la formation du nouveau. J'avais, dans l'ancienne compagnie, quelques amis à qui j'étais bien aise de donner des avis salutaires; j'allai donc trouver M. de Boynes pour causer avec lui franchement sur tout ce qui se passait, et il me dit en propres termes : « Les plus grands ennemis de M. le chancelier doivent maintenant le favoriser, s'ils sont bons serviteurs du Roi, car il s'agit de la constitution de la monarchie, et tout est perdu si le Roi cède. »

bataille d'Hastembeck en 1759, et à celle de Johannisberg en 1762, fut gouverneur de la Bourgogne, émigra en 1789 et forma, sur les bords du Rhin, cette armée connue sous le nom d'armée de Gondé. Il rentra en France sous la Restauration, et mourut à Chantilly en

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Avec tout cela, je ne pouvais me dissimuler une infinité de fautes que je voyais faire. Le Parlement, par la cessation du service, qui était un véritable délit, s'était livré pieds et poings liés au chancelier. Les lois étaient claires, les formes certaines et indiquées par les ordonnances : elles prononçaient la confiscation des offices ; mais cette confiscation devait être jugée et prononcée d'après une instruction. Il me semblait que, si l'on eût suivi la route tracée par notre droit public, il eût été très facile de réduire le parlement de Paris et d'en imposer, par là, à tous les autres, qui n'eussent pas soufflé. Je le disais quelquefois à ceux avec lesquels je m'entretenais de ces sortes d'affaires, et je l'eusse dit à M. le chancelier luimême, si je n'avais pas été brouillé avec lui. Les personnes à qui j'expliquais le plan contenu dans nos lois trouvaient que j'avais raison; une chose cependant m'étonna beaucoup : ces mêmes personnes, quand M. le chancelier eut pris le contre-pied de ce qu'il aurait dû faire, me voulurent encore soutenir qu'il avait bien agi ; plusieurs d'entre elles étaient du conseil du Roi.

M. le chancelier reconnut si bien que la confiscation était la peine de la défection, qu'il la prononça par un arrêt du conseil ; mais cet arrêt était absurde, parce que la confiscation est une peine qui exige un jugement et suppose un procès instruit; aussi est-il demeuré sans exécution, quoique non révoqué : on a mieux aimé encore être inconséquent que cruellement injuste.

L'objet de ces Mémoires n'est point de discuter les plans que l'on a suivis; loin que j'y aie eu aucune part, je n'ai jamais dissimulé ce que j'en pensais. Je désire seulement faire connaître les ordres qui m'ont été donnés dans la suite, et la manière dont je les ai exécutés.

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