‹ Mes souvenirsChapitre 127 sur 207 · FINESSES DE M. DE MONCLAR · texte numérisé non relu

FINESSES DE M. DE MONCLAR

auprès des ministres, et qu'il n'avait pas cru devoir aller plus avant (i).

Lorsque M. le chancelier eut mis au jour son plan, la terreur se répandit dans tous les parlements de province : ceux mêmes qui rendaient contre le nouveau parlement de Paris les arrêts les plus menaçants, sentirent bien que, si celui-ci subsistait, ils étaient perdus ; mais la protestation des princes, le soulèvement général des esprits, nourrissaient encore chez eux quelques espérances ; aussi faisaient-ils tout ce qui était en eux pour entretenir ce soulèvement.

M. de Monclar, qui conduisait le parlement de Provence, jugea les choses différemment, et cependant les vit mal. Tant que M. de Choiseul, son protecteur, avait été en place, il l'avait supposé inamovible, et l'on avait remarqué avec étonnement que, dans les Remontrances qu'il avait fait présenter au Roi par sa compagnie surl'édit du chancelier, il avait tourné toute son attaque contre le duc d'Aiguillon : il le déférait comme un coupable, seul auteur de tous les troubles, et donnait à entendre que, sur l'édit refusé par le parlement de Paris, on pourrait prendre des tempéraments.

Par là M. de Monclar s'était ménagé un moyen de s'accommoder, en tous temps, avec M. le chancelier; lorsque M. de Choiseul fut exilé, il ne renonça point à son dessein de trouver des tempéraments pour se mé-

(1) M. le duc de la Vauguyon et M. de Saint-Maigrin m'ont sollicité, de la part de M. le chancelier, d'accepter une place dans la Grand'Chambre du nouveau Parlement; j'ai refusé, et j'ai été le dire à M. Bertin. M. de la Vauguyon a senti mes raisons; M. de Saint- Maigrin a été plus pressant; c'est à lui que M. le chancelier avait parlé. Je suis convenu que j'écrirais une lettre ostensible qui contiendrait des raisons frappantes, et non désobligeantes pour M. le chancelier. (Journal de Moreau, lundi, 18 mars 1771.)

nager le chef de la justice, par lequel il osa espérer se raccrocher même à la Cour. Dans les relations qu'il eut avec lui, il prit soin de lui expliquer que le parlement de Provence serait le plus raisonnable de tous, et que l'édit, dont celui de Paris avait été si fort effrayé, n'essuierait pas des difficultés insurmontables. Il croyait ainsi gagner un homme qui venait de prouver son crédit; mais ces deux personnages-là se connaissaient trop bien pour être jamais unis d'intérêts.

Afin de faire adopter son système à son corps, M. de Monclar lui persuada que le moment était arrivé d'acquérir, dans la province, un pouvoir absolu et universel, et de se débarrasser d'une compagnie, sa rivale, qui contrebalançait son autorité et se montrait toujours prête à arrêter ses entreprises. Il remit en avant un projet dont il avait déjà jeté quelques idées dans l'esprit des ministres lors de son voyage à Paris, mais auquel ils n'avaient pas voulu se prêter : c'était de nous supprimer tous, d'anéantir notre compagnie, et d'attribuer au Parlement et les comptes de la province et toute la juridiction qui nous appartenait. À ces conditions, il laissa supposer à M. le chancelier que le Parlement enregistrerait son édit et se prêterait à ses vues ; on saura bientôt qu'il ne parvint pas à le convaincre de sa bonne foi.

Gomme tous les projets d'une nombreuse compagnie ne sont jamais longtemps secrets, déjà on débitait, en Provence, que notre corps allait être supprimé; on ajoutait que l'on pourrait bien prendre quelques-uns de nous pour les transférer dans le nouveau parlement, mais que M. le chancelier, en abolissant la vénalité, formerait celui-ci des mêmes membres qui l'avaient composé jusque-là, si bien que la Cour des comptes serait seule la victime des événements publics.

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