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MISSION EN PROVENCE

condition de mes confrères la meilleure qu'il fût possible. Je leur communiquais tous les projets qu'on me remettait; je recevais leurs apostilles ; tout se traita avec moi : j'étais le médiateur entre mon premier président et le chancelier, qui ne nous aimait ni l'un ni l'autre. Ce fut dans ces conférences qu'il me raconta les intrigues de M. de Monclar pour être contrôleur général, et ce qu'il avait fait pour l'en empêcher.

Ces négociations durèrent encore quelque temps après le retour à Paris, et ce fut à Versailles seulement que l'on mit la dernière main à cet ouvrage ; rien n'en transpira en Provence hors de ma compagnie, car ceux à qui le premier président avait confié son secret étaient les gens du monde les plus sûrs et les plus discrets.

Nous n'étions pas, dans la Cour des comptes, un nombre suffisant pour compléter les cinquante-deux charges dont le Parlement devait être composé ; il s'agissait de faire un choix d'excellents sujets dans toute la province ; il était question même de régler d'une manière solide la discipline intérieure de ce nouveau Parlement. M. le chancelier me prévint qu'il m'avait nommé au Roi, et que Sa Majesté m'ordonnait de partir pour aller m'occuper de ce travail important; qu'il était urgent qu'il eût dans la compagnie, lors de ces commencements-là, un homme qui pût avertir de tout, le ministère, et prendre conseil du moment pour lui suggérer ce qui serait le plus utile à la province.

Je cédai, mais je demandai à avoir des ordres et des instructions par écrit et signées du ministre ; on me les promit.

Pendant que tout cela se passait à Paris, on débitait à Âix mille anecdotes qui inspiraient la plus grande confiance à l'ancien Parlement. On leur mandait que le plan annoncé i. 47

par l'édit du mois de décembre était ruiné, que M. de Boynes et M. d'Aiguillon le feraient échouer. M. de Monclar propageait ces bruits ; chose étrange ! il était persuadé, et c'est pour cela qu'il avait envoyé son Mémoire, que l'on négociait avec le parlement de Paris, et que l'on était sur le point d'en rassembler, à Soissons, tous les exilés.

Au cours des différents entretiens que j'eus avec M. le chancelier, je voulais qu'il donnât, au moins dans le préambule de son édit, des motifs dont la vérité parût frappante. Il me semblait ridicule que le Roi présentât l'administration gratuite de la justice, comme l'unique raison qui le portait à éconduire des gens tout disposés à juger sans épices. Je trouvai son préambule ginguet, peu digne de la franchise qui doit toujours accompagner les actes de la législation; je l'en avertis, mais il ne m'écouta pas.

Vers le 10 septembre, M. le chancelier m'informa qu'il avait annoncé à Sa Majesté que je partirais le 1 7 . Il désirait que tout fût prêt lorsque les commissaires du Roi, qui étaient M. le marquis de Rochechouart, commandant en Provence, et M. Lenoir (i), arriveraient à Aix. Ils ne devaient s'y rendre que la veille de larentrée du Parlement, . dans la crainte que l'ancien parlement prévenu ne fît des folies.

On me lut toutes les instructions données à ces commissaires : elles portaient qu'ils se concerteraient en tout avec M. d'Albertas et avec moi. On me promit même une lettre particulière pour le marquis de Rochechouart. M. le chancelier me dit : « C'est un sot, et, déplus, il est fort

(1) Jean-Charles-Pierre Lenoir, né en 4732, conseiller au Châtelet, lieutenant criminel, lieutenant général de la police, président de la commission des finances et enfin directeur de la Bibliothèque royale en 4785. Il mourut en 4807.

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