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CONFÉRENCE AVEC LE CHANCELIER

partisan de M. de Choiseul. — Je n'en sais rien, répliquai-je; mais ce que je sais, c'est qu'il est le plus honnête homme du monde, et excellent serviteur du Roi. » J'étais enchanté qu'il fût chargé de la besogne ; je l'avais souvent vu dans la société des Talleyrand et de la comtesse de Gramont; sa femme m'avait toujours marqué beaucoup d'amitié, et, malgré l'enthousiasme des partis, j'étais convaincu que je n'aurais qu'à me louer de lui.

Ce fut dans cette même conférence avec M. le chancelier que je pris la liberté de lui dire : « Au nom de Dieu, monsieur, daignez éviter, en Provence, une chose qui vous a fait le plus grand tort à Paris : voilà des gens qui sont victimes d'une opération générale; il ne faut pas qu'ils aient trop à se plaindre de vous. On a exilé dans des pays perdu* les membres du parlement de Paris. Dès que vous croyez devoir écarter d'Aix ceux du parlement de Provence, ne les envoyez chacun que dans leur maison de campagne, dans le lieu qui conviendra le mieux ou à leurs affaires ou à leurs plaisirs. — Vous avez raison, me répondit-il, mais comment faire? Je ne connais pas la Provence. — Ni moi non plus, lui dis-je, mais faites venir une liste de leurs maisons de campagne, faites régler les lieux d'exil de manière que tout le monde soit content. — Cela n'est pas possible, répliqua-t-il ; il serait trop tard. Faites mieux : d'Albertas les connaît tous, écrivez-lui de ma part qu'il s'occupe de cette liste, qu'il sache les endroits où tous ces gens-là se plaisent le mieux, où ils passent leurs vacances ; qu'il la tienne prête pour votre arrivée. On vous remettra les lettres de cachet; il fera lui-même remplir le blanc de ces lettres, et au moment où le marquis de Rochechouart se présentera, vous les lui donnerez toutes. »

J'avoue que je ne réfléchis pas assez sur les inconvénients de cette proposition ; je ne voyais que l'honnêteté de mon motif ; j'assurai que je consentirais à tout ce qui

pourrait contribuer à rendre l'opération moins rigoureuse.

Dès le lendemain ii septembre, on dressa mes propres instructions chez M. le duc de la Vrillière. Elles me furent remises en forme de lettre signée du ministre, qui m'ordonnait, au nom du Roi, de partir, et surtout de cacher si bien ma marche, que je demeurasse inconnu, jusqu'à l'arrivée de MM. les commissaires du Roi.

Le chancelier, en me confiant ces instructions le 12, me dit : « Soyez certain que le Roi récompensera les marques de zèle que vous lui donnerez. Vous avez voulu le marquis de Rochechouart ; je crains fort qu'il ne vous traverse. Il est allé à Aix pour les revues; il ne quitte pas M. de la Tour; il est l'intime de l'archevêque, qui ne nous aime point. » Avec tout cela, je mourais de peur que l'on n'en chargeât un autre; je vantai encore sa probité et son honorabilité. « Mais, ajouta le chancelier, s'il va loger chez M. de la Tour, comment ferons-nous ?» Je lui répondis : « Madame sa femme est ici, et je l'ai rencontrée chez M. d'Aiguillon; parlez-lui. » Il me pria de la joindre et de la lui envoyer. Je l'aperçus qui sortait de chez Mesdames, car elle prenait congé ; je la prévins que le chancelier désirait la voir. Elle y alla, et le lendemain il me dit : « Tout est arrangé; elle doit mander à son mari que, dès qu'il aura fait ses revues provinciales, il retourne à Avignon. De plus, aujourd'hui, M. de Monteynard (1) lui en donne l'ordre. Les revues commencent le 14 et finissent le 21 ; la lettre arrivera à temps; vous le trouverez à Avignon; partez le 11 ou le 189 vous serez certain de ne le pas manquer. »

M. de la Vrillière me remit, pour M. de Rochechouart, une lettre instructive qui lui indiquait les derniers ordres dont M. Lenoir devait être chargé. Ce môme jour fut

(4) Louis-François, marquis de Monteynard, né en 4716, maréchal de camp (1748), inspecteur général d'infanterie, lieutenant général (1759), secrétaire d'Etat à la guerre (1774-4774).

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