NAISSANCE DE MA SECONDE FILLE
dier une foule de lettres patentes pour donner à ma compagnie la dernière forme, et assurer la solidité de l'opération.
Je ne fus pas longtemps sans m'apercevoir que la mauvaise volonté de M. de Rochechouart avait un peu percé dans ce pays-là; on n'en sera pas surpris, si l'on songe que le nouveau Parlement était fort peu satisfait de lui, et que notre procureur général entretenait une correspondance intime et suivie avec M. le duc d'Aiguillon.
Le chevalier de Maupeou avait commandé en Provence, et j'eus lieu de conjecturer qu'il convoitait la place du marquis; partout où il me rencontrait, il m'en disait du mal pour me faire parler. Je ne m'y laissai pas prendre; et, un jour, il poussa la hardiesse jusqu'à m'affirmer que le parlement d'Aix était très piqué contre le commandant, qu'il en était sûr, et que, si le ministre ne connaissait pas par moi-même les sujets de mécontentement que celuici avait donnés à ma compagnie, on pourrait m'en savoir mauvais gré. Je n'en crus rien; ces suggestions m'indignèrent, et je pris le parti dont j'étais convenu avec M. Lenoir, et auquel j'avais été très fidèle dans ma correspondance, celui de me taire sur M. de Rochechouart, en disant de M. Lenoir tout le bien qu'il méritait.
Quand je rentrai à Paris, ma femme y était déjà, et elle accoucha, le 29 novembre, de ma seconde fille (i), qu'elle nourrit comme la première. Dès le lendemain de mon arrivée, j'allai trouver l'archevêque de Cambrai à l'Arsenal ; il me reçut bien, m'entretint d'un mémoire furieux que l'on avait publié contre lui, réclama mes conseils et mes secours. Sur mon voyage, que je lui contai sans lui rien confier de mes démêlés avec le marquis de RocheJ
(1) Pauline, née en 4774, épousa le baron de Clédat en 4792, et mourut à Chambourey le 24 janvier 4865.
chouart, il me dit : « On ne peut vous blâmer, vous avez suivi votre compagnie, et vous avez eu des ordres; mais ayez la tête haute, et ne faites pas comme M. de Périgord qui, en revenant de Languedoc, allait s'excuser de maison en maison. — Êtes-vous bien sûr qu'il le fit? répliquai-je ; je l'ai rencontré près de Pont- Saint-Esprit : il retourne à Montpellier, a l'air très confiant, et m'a parlé de son premier voyage en homme d'honneur qui ne craint rien. » J'ai oublié, en effet, de mentionner cette rencontre. M. de Périgord, dont l'amitié ne s'est pas refroidie depuis, avait commencé par faire retourner ma chaise et voulait absolument que je l'accompagnasse à Montpellier. Je lui répondis : « Vous n'êtes point encore ici dans votre commandement, et il faut que je me rende à la Cour, où l'on dira peut-être autant de mal de moi que l'on en a dit de vous. »
M. de Cambrai reprit : a Quoi qu'il en soit, avez-vous vu la comtesse de Gramont? — Pas encore, répliquai-je. — Je vais vous y mener, dit-il, et nous y passerons la soirée; on fera peut-être bien des histoires sur votre compte, mais tenez ferme. » Du reste, nous fûmes, le prélat et moi, tout aussi bien que jamais, et il me pria à dîner pour le jeudi suivant.
Nous allâmes effectivement ensemble chez la comtesse de Gramont; elle m'accueillit moins bien que l'archevêque; mais comme elle était accoutumée avec moi au ton des plaisanteries, je ne fus point surpris de celles qu'elle me décocha sur ma nouvelle qualité de conseiller au parlement de Provence.
Trois jours après, je dînai chez M. de Cambrai. Je le trouvai changé à mon égard; il avait l'air sérieux; je lui reparlai du mémoire pour lequel il m'avait consulté; je lui lus même le plan de la réponse que j'imaginais qu'il devait y faire. Il me remercia froidement et me demanda si j'avais examiné les papiers qu'il m'avait remis sur cette affaire; je lui répondis que je les avais sur mon