‹ Mes souvenirsChapitre 152 sur 207 · MME DE ROCHECHOUART · texte numérisé non relu

MME DE ROCHECHOUART

Ma femme a une sensibilité violente, plus proportionnée à l'honnêteté de son âme qu'à la faiblesse de ses organes : elle était presque en convulsion.

Malgré cela, le lendemain, elle voulait à toute force aller chez le marquis de Rochechouart. Je refusai d'y consentir: j'avais trop à craindre pour sa santé, et je m'accusais déjà de l'avoir risquée. Je me décidai à écrire à M. de Rochechouart; j'envoyai ma lettre au marquis de Ghastellux pour qu'il la jugeât. J'ai encore le billet qu'il m'adressa en me prévenant qu'elle lui semblait un peu trop vive ; mais que l'on se mette ma place, et qu'on la lise ; je l'expédiai telle qu'elle était.

Elle fut rendue au marquis le 10 avril et lui fit vraisemblablement impression. Il n'y répondit point; mais la marquise, sa femme, se mit en campagne afin de négocier sur cette affaire. Elle alla trouver M. Lenoir; lui assura que c'était un malentendu auquel son mari n'avait point de part; qu'il fallait que lui, M. Lenoir s'occupât d'arranger tout. Celui-ci la revit chez elle et vit aussi le mari ; il y eut différents pourparlers dont je ne fus instruit que huit ou dix jours après, lorsque M. Lenoir ayant écrit à ma porte qu'il avait bien des choses à me communiquer, je me transportai chez lui et appris tout ce qui s'était

La marquise et lui étaient convenus, me dit-il, que, pour faire cesser tous les propos du public, il était absolument nécessaire que son mari et moi fussions ou du moins parussions réconciliés ; il s'était donc chargé de me proposer d'aller voir M. de Rochechouart et de m'y mener lui-même; nous devions, là, nous expliquer ensemble à l'amiable. Le marquis m'eût ensuite rendu ma visite, et j'aurais eu soin d'avoir alors présents chez moi et ma femme et quelques amis. « Par là, ajoutait M. Lenoir,

le public n'aura plus rien à dire. » J'eus peine à consentir à cet expédient; mais il insista tant que je cédai.

Il me promit d'avertir le marquis de Rochechouart, et de m'indiquerj dans quelques jours quel était celui où il pourrait nous recevoir ensemble. J'en attendis huit, je retournai chez lui ; il m'annonça que M. de Rochechouart avait été forcé de partir pour la campagne , qu'à son retour il le verrait et que nous prendrions un rendez-vous. Cette campagne fut longue : je n'entendais parler de rien, et j'allai moi-même m'installer à Ville d'Avray .

Cependant, M. Lenoir tomba malade ; il le fut même dangereusement; sa convalescence fut longue et pénible : à peine était-il remis au moment du voyage de Fontainebleau. Celui de Compiègne approchait et j'étais obligé de m'y trouver, car aucune de mes autres occupations ne m'a jamais empêché de rendre, aux ministres du Roi le service que mes places leur devaient.

J'écrivis donc à Mme la marquise de Rochechouart pour lui rappeler notre traité avec M. Lenoir, et pour lui témoigner l'envie que j'avais qu'il fût exécuté. Elle fut très longtemps à me répondre, et j'étais à Compiègne, prêt à en revenir, quand je reçus d'elle une lettre, datée de Brème, du 16 août. Elle prétendait que la mienne lui était parvenue fort tard; cela peut être, mais la sienne me parut ridicule et de mauvaise foi. Elle se taisait sur les conventions dont je lui parlais, me mandait que c'était elle qui avait été cause que son mari n'avait pas répondu à ma lettre du 10 avril ; qu'elle avait chargé M. Lenoir de me dire que ce qui avait eu lieu, au mois d'octobre précédent, n'avait laissé aucune trace dans son esprit; qu'elle ne pouvait concevoir comment je m'en occupais encore, qu'elle croyait que j'employais mieux mon temps et mon loisir, et que j'étais peut-être plus heureux. Elle reconnaissait que son mari m'avait assez

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