MORT DE M. DE LA VAUGUYON. 3H
maltraité en Provence, et insinuait que j'avais essayé de m'en dédommager en faisant une affaire capitale de ce qui s'était passé entre nous deux, et en cherchant à le desservir; elle ajoutait qu'elle était partie de Paris pendant la maladie de M. Lenoir, et qu'elle ne comptait pas y rentrer avant la fin de l'année.
Cette lettre m'annonçait assez clairement que l'on manquait au traité; elle me mit fort en colère, et j'y répliquai par une autre très respectueuse, mais aussi très ferme et très énergique, par laquelle je la prévenais que tôt ou tard ma défense serait publique, et que ce n'était pas seulement M. Lenoir, dont elle me citait la maladie, mais M. de Sartine que j'avais mis dans ma confidence, et sans les conseils duquel je n'avais passait un pas, ce qui était vrai.
Voilà ou en sont restées les choses, car j'avoue qu'il m'est impossible d'apporter dans les affaires une roideur d'attention et une suite d'efforts réitérés souvent nécessaires au succès, mais très fatigants pour une âme douce et peut-être un peu molle, telle qu'estla mienne. Revenons aux événements de 1772.
M. de la Vâuguyon mourut au commencement de cette année ; je ne perdis pas, certainement, un protecteur, encore moins un ami ; j'ose pourtant soutenir que sa mémoire a été trop flétrie. Sa tombe fut couverte des exécrations et des imprécations même de toute la Cour. J'avais ouï dire à des gens de sa connaissance qu'il avait été gai et aimable dans sa jeunesse ; je ne l'ai jamais vu que triste, avec un air faux et malheureux. Est-ce donc la Cour qui déforme les caractères? Il m'a toujours semblé qu'elle attristait les gens de bien et causait de perpétuelles tortures aux méchants : il n'y a là rien à gagner pour personne.
Je n'avais d'autre titre de la mission qui m'avait été confiée que la lettre qu'il m'avait écrite, en 1767, de la part du Roi ; il m'avait toujours parlé d'un bon de Sa Majesté, mais il n'avait jamais voulu m'en fournir l'ampliation. J'avais surtout intérêt à continuer et à achever mon grand travail sur l'histoire ; je rédigeai un Mémoire de tout ce qui s'était passé, dans lequel je prenais la liberté de demander à Mgr le Dauphin lui-même ses ordres sur ce que j'avais à faire.
Mme la comtesse de Noailles remit ce Mémoire à Mme la Dauphine, qui elle-même le remit à M. le Dauphin, et, deux jours après, il me revint apostille et signé de la main de ce prince. Il m'avertissait que, depuis son mariage, M. de la Vauguyon ne lui avait rien donné de moi; il me renvoyait les derniers cahiers qu'il en avait reçus, afin que je susse où il en était, et que je pusse lui compléter la suite de mon travail. Du reste, il m'autorisait à le continuer, et me permettait de lui en communiquer les manuscrits à mesure que je composerais.
Très content de ce nouveau titre et de cette marque de bonté, je fis copier tout ce qui manquait à ce prince, et j'eus l'honneur de le lui présenter à lui-même. Depuis ce temps-là, je n'ai pas omis, tous les six mois, de lui porter le résultat de mes travaux: au début de l'année 1774, je lui offris le règne du roi Hugues Capet et le commencement de la troisième race; les deux premières étaient finies.