‹ Mes souvenirsChapitre 154 sur 207 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Tentative infructueuse pour faire imprimer mon Essai sur la nature du gouvernement français. — Nouvelle installation de la bibliothèque de Mme la Dauphine. — Gampan. — Mme de Misery. — J'obtiens le dépôt de mes manuscrits aux Archives des affaires étrangères. — Publication de mes Leçons de morale, de politique et de droit public, tirées de V Histoire de France. — Difficultés avec le fils de M. de la Vauguyon. — Sémonin, premier commis aux affaires étrangères. — M. de Montmorin, menin de M. le Dauphin. — La duchesse de Chaulnes. — Le marquis de Noailles. — Madame Victoire et la marquise de Durfort, sa dame d'atour. — Mort de M. l'abbé de la Ville. — Je sollicite la place de lecteur de M. le Dauphin.

Pendant le voyage de Compiègne de 1772, je m'occupai sérieusement à donner au public mon Essai sur la nature du gouvernement français qui avait été rejeté, sur le simple titre, par M. le chancelier, et voici comment je m'y pris : je le fis lire à Férès, lecteur de M. le comte de Provence ; il en fut extrêmement content, le dit à son maître et l'exhorta à le parcourir. Ce prince, sur le compte qui lui en fut rendu et sur ce qu'il en vit lui-même, car je lui en remis une copie entière, me permit de le lui dédier; il lut et approuva le projet d'épître dédicatoire, et ordonna à M, le duc de Laval de m'écrire que je pouvais publier celle-ci en tête de mes deux volumes.

Muni de cette lettre, je n'eus pas de peine à obtenir de M. le duc de la Vrillière, qui en parla au Roi, la permission de les faire imprimer au Louvre. On sait que les impressions qui se font là ne sont point dans le district

du chancelier, et j'étais bien aise de me soustraire aux dégoûts dont il paraissait très disposé à m'abreuver. M. de la Vrillière me dit obligeamment : « Je voudrais de tout mon cœur que le Roi fît les frais de cette impression, mais nous sommes déjà trop chargés de dépenses; nous ne payons rien, et cela ne finirait pas. » Je lui répondis : « Je n'ai garde de le demander, monsieur le duc, je m'arrangerai avec M. du Perron, je ferai marché avec lui pour les frais, et j'espère que le débit du livre m'en remboursera; vous entendez bien que je ne veux pas y gagner. »

La lettre du ministre fut donc envoyée à M. du Perron et on se mit à imprimer mon ouvrage ; j'étais au moins très content d'être arrivé à ce résultat dans mon voyage de Compiègne : cela apporta quelque diversion au chagrin que me causait l'histoire du marquis de Rochechouart.

Ma joie ne fut pas longue : j'avais déjà corrigé la première feuille d'impression, quand M. du Perron, qui avait jasé, m'annonça que M. le chancelier avait écrit à M. le duc de la Vrillière pour le prier de faire suspendre cette impression, jusqu'à ce qu'il eût examiné par luimême mon manuscrit. Je compris bien que l'obstacle serait vraisemblablement invincible; cependant, je ne voulus pas abandonner la partie. La Cour était revenue à Versailles; je décidai Férès à m'accompagner chez M. le chancelier afin de lui expliquer qu'il avait lu mon ouvrage, et que M. le comte de Provence s'intéressait à sa publication ; j'ajoutai que j'étais parfaitement en règle puisque j'avais non seulement l'approbation, mais même l'éloge du censeur nommé par M. le chancelier. Celui-ci nous reçut avec son air grave, nous répondit que la matière était assez importante pour qu'il s'en occupât personnellement, et qu'il exigeait que je lui remisse mon manuscrit.

Je le retirai donc de l'Imprimerie royale, et le lui portai

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