‹ Mes souvenirsChapitre 156 sur 207 · BIBLIOTHÈQUE DE M™ LA DAUPHINE · texte numérisé non relu

BIBLIOTHÈQUE DE M™ LA DAUPHINE

jen'aie pas retrouvé en bas, dans le nouvel emplacement. Je soupçonne fort l'un d'eux, nommé Campan, qui, se croyant homme de lettres et voulant à toutes forces remplir les fonctions de bibliothécaire, a toujours été très fâché que j'en eusse le titre, de l'avoir enlevé, de crainte que la princesse ne le lût, s'il lui tombait sous la main.

Je descendis chez Mme la Dauphine ; elle m'ouvrit la porte elle-même et me dit: « M. le Dauphin est là actuellement qui fait votre charge; il range mes livres. » Effectivement M. le Dauphin était sur une échelle et plaçait les volumes. Je répondis : « Madame, c'est un bibliothécaire de trop bonne maison pour que faille sur ses brisées. » Elle reprit : « Vous aurez donc congé aujourd'hui; revenez demain à midi et demi. »

Je me trouvai chez Mme la Dauphine avec la chambre. « Suivez-moi, me dit-elle, il faut que je vous fasse voir tout cela. » J'entrai après elle dans la bibliothèque; elle me montra les tablettes, me chargea d'étiqueter tous les livres par des numéros. Je lui proposai de faire mettre sur toutes les tablettes des lettres qui, jointes dans le catalogue au numéro indiquant le rayon, lui serviraient à découvrir très facilement le volume dont elle aurait besoin. Elle m'approuva, et je fus d'autant plus content de la façon dont elle me traita, que jusque-là elle ne m'avait jamais parlé.

Je me hâtai donc d'exécuter ses ordres : je fis imprimer des numéros; je fis faire des lettres dorées et appliquées sur du vélin ; je me transportai moi-même dans sa bibliothèque, et, pendant plusieurs jours, aidé de son libraire et de mon secrétaire, je fis coller, en ma présence, les lettres sur les tablettes, et les numéros sur les livres. Elle allait et venait pendant ce temps-là; je ne fus pas sans m'apercevoir que cela causait beaucoup d'inquiétude aux

garçons de la chambre, surtout à Camp an, qui ne la quittait pas et lui parlait avec un grand air de capacité dont je riais intérieurement. Un jour, l'abbé de Vermond l'accompagna; ce qui m'affligea, c'est qu'il affecta de ne pas même paraître me connaître, quoique, dans toutes les occasions, je n'eusse pas cessé de lui rendre tout ce que je lui devais.

Je dressai de cette manière un catalogue très clair des ouvrages dont j'étais le gardien, et que j'avais rangés de nouveau. J'y ajoutai un avertissement pour en rendre l'usage simple et commode : je remis tout cela à Mme la Dauphine, de laquelle, dans cet intervalle de huit jours, j'attrapai quelques paroles, au grand mécontentement de tout son intérieur, excepté de Mme de Misery, l'une de ses premières femmes de chambre, qui me témoigna toujours beaucoup d'intérêt et était foncièrement jalouse des airs que prenait M. Campan. Je fus quelque temps sans avoir la double clef de ces kbibliothèques : la princesse l'avait encore, et Campan espérait bien qu'elle lui serait abandonnée ; la bonne Mme de Misery saisit le moment de se faire commander de me la remettre. Ces détails me semblent à moi-même fastidieux, mais cependant voilà les Cours, et c'est dans cet intérieur que se préparent quelquefois ou de grandes disgrâces ou de grandes fortunes.

J'avais toujours présent ce que m'avait dit M. le chancelier sur les principes d'histoire que j'avais donnés aux princes. Ce fut ce reproche injuste et malhonnête qui me détermina à songer sérieusement à l'impression de mon premier discours sur l'histoire de France, composé autrefois par l'ordre de feu Mgr le Dauphin, et contenant le prospectus de tous les suivants.

Comme mon plan et mon système y étaient bien déve-

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