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DÉMÊLÉS AVEC M. DE LA VAUGUYON

circonstante importante. « Eh bien! me dit-il, ilfauttrans* former votre avertissement en épître dédicatoire, demander à M. le Dauphin la permission de la lui adresser, et la lui faire approuver. » Cela fut exécuté dans le plus grand secret, et sans que M. de la Vauguyon pût deviner celui qui me servait si bien. J'eus, au bout de quinze jours, une lettre que le prince me fit écrire pour me prévenir qu'il avait lu, acceptait et approuvait mon épître. Je montrai cette lettre à M. le duc d'Aiguillon; mais il n'a jamais su quel était le médiateur à qui j'en avais l'obligation.

Je ne trouvai pas que le ministre déférât assez vite à ce que je souhaitais; M. de la Vauguyon l'avait vu; il me rencontra depuis et me fît une scène dans la salle des Gardes. Notre altercation fut très vive : il me reprocha d'aller par des souterrains, et il me parut persuadé que le souterrain était l'abbé de Vermond; il mêle nomma comme cherchant à flétrir la mémoire de son'père. Je lui prouvai que l'avertissement qu'il avait tenté de supprimer, loin de ternir la mémoire de son père, lui faisait, au contraire, le plus grand honneur. Alors, il me proposa de revenir à un avertissement dans lequel il m'autorisait à dire que M. le Dauphin avait été instruit de l'ouvrage et l'avait approuvé. Je protestai que je ne supprimerais rien de toutes les vérités honorables à la mémoire de ce prince, et que je sacrifierais plutôt l'ouvrage que de lui ôter la moindre partie de la gloire qui lui en revenait. « D'ailleurs, ajoutai-je, dès que le retard que vous avez occasionné, me procure l'honneur de dédier directement mon livre à M* le Dauphin, ne croyez pas je veuille aujourd'hui renoncer à cet avantage. » Je fus donc très ferme dans cet entretien, et j'allai dîner chez M. d'Aiguillon, espérant avoir son dernier ordre. Je me trompais; lorsque je le lui demandai, il me répondit qu'il fallait que M. le Dauphin le lui donnât

lui-même et lui parlât; il ne sortit pas de là et je m'aperçus que je ne tenais rien.

Mme la comtesse de Noailles, à qui je rendis compte de tout cela, me dit : « C'est une occasion qu'il essaie de se ménager pour que M. le Dauphin lui parle; mais il a beau faire, on ne lui dira mot. » Je ne sais si elle voyait juste; néanmoins, je sentis que je ne finirais rien, si je n'avais quelque condescendance pour M .de la Vauguyon, et M. de Montmorin, que je consultais sur tout, constata bien lui-même que le ministre voulait absolument que je cédasse quelque chose. Le lendemain, je retrouvai M. de la Vauguyon; nous disputâmes encore; il m'emmena chez lui; je crois que le ministre l'avait calmé, car il fut moins vif. Il demanda que, du moins, je misse en note une mention honorable de son père. « Eh maist répondis-je, je l'avais faite dans mon avertissement que vous avez refusé d'accepter. Au reste, tout ce que vous désirerez, pourvu qu'il soit toujours bien constant que feu Mgr le Dauphin a donné l'idée et imaginé le plan de mon ouvrage. » Là-dessus, il prit la plume et composa lui-même cette note (1) qu'il me montra; je l'ai encore, car c'est celle qui fut envoyée à l'imprimeur. J'y fis, en sa présence, quelques corrections qui tendaient à appuyer sur M. le Dauphin, qu'il trouvait toujours trop rapproché.

Mais le moyen que j'osasse, dans ce moment, rejeter les titres d'homme vertueux et éclairé qu'il décernait au gouverneur des princes ! Quoi l en face de ce fils, peut-être trop enthousiaste de la mémoire de son père, qu'il avait la douleur de voir déchirée de toutes parts et le désir louable de rétablir, j'aurais pu dire : « Votre père n'était ni vertueux, ni éclairé! » Ce n'était point à moi à soutenir ce procès, et

(1) Nous possédons cette note de la main du duc de la Vauguyon. Elle est jointe à l'épître dédicatoire à Mgr le Dauphin, qui porte l'approbation de ce Prince, signée : Thierry.

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