‹ Mes souvenirsChapitre 162 sur 207 · MORT DE L'ABBÉ DE LA VILLE · texte numérisé non relu

MORT DE L'ABBÉ DE LA VILLE

Au mois de décembre 1773, j'assistais au dîner de Mesdames : Madame Victoire, en sortant de table, voulut bien venir à moi pour me demander où en était l'impression de mes livres; elle m'apprit qu'on lui avait enlevé celui que j'avais publié, quelques années auparavant, sous le titre de Bibliothèque de Mme la Dauphine, et m'en réclama un nouvel exemplaire que j'eus l'honneur de lui remettre au bout de huit jours. Elle m'a assuré, depuis, qu'elle se servait de ce travail pour diriger la suite de ses lectures et qu'elle s'en trouvait bien. Pénétré de joie, je lui répondis : « Madame me fait d'autant plus de plaisir qu'elle est la première personne royale qui ait daigné me parler de cet ouvrage; Madame voit par cet aveu que je ne suis pas glorieux. » Cette princesse eut la bonté de reprendre : « Adélaïde aurait pu vous en dire autant, car elle fait comme moi : elle vous a pris pour guide de ses lectures. »

A partir de ce temps-là, et j'en ai la plus grande obligation à Mme la marquise de Durfort, Madame Victoire ne m'a point aperçu qu'elle ne m'ait donné des marques d'intérêt; j'ai eu, j'ai recherché même les occasions de lui faire ma cour, et lorsque M. l'abbé de la Ville eut, par sa mort (1), laissé vacante la place de lecteur de Mgr le Dauphin, elle daigna la demander pour moi. J'avais commencé par écrire à Mme la Dauphine afin de la prier de m' autoriser à me mettre sur les rangs (2). Mme la comtesse de No aille s, qui lui avait présenté ma lettre, m'avait prévenu de sa

(1) Ce pauvre abbé de la Ville avait été à Saint-Louis, dimanche (10 avril 1774), pour se faire sacrer évêque de Triconium, et y retourne aujourd'hui, 16, pour s'y faire enterrer. Il avait, jeudi, donné un grand dîner, avait été se promener en carrosse après dîner avec ses amis, s'était trouvé mal, et était mort à onze heures du soir. (Journal de Moreau.)

(2) Mme de Durfort savait, par Madame Victoire, mes concurrents pour la place de lecteur : M. l'abbé de Radonvilliers, Collé, lecteur

part qu'elle le trouvait très bon; mais Mgr le Dauphin avait déjà pris sa résolution de ne point remplacer l'abbé delà Ville : il n'avait travaillé que fort peu avec lui. Cette nomination même lui avait donné de l'humeur; et comme ce lecteur avait été choisi par le duc de la Vauguyoa, il avait été enveloppé dans les préventions, bien ou mal fondées, que toute la famille royale a toujours conservées contre le gouverneur.

de M. le duc d'Orléans, pour qui Madame Adélaïde avait demandé du vivant de l'abbé de la Ville, Gérard, des affaires étrangères, etc. (Journal de Moreau.)

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