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LE BAL DES MÈRES

d'accorder à la France des filles, des mères» des épouses, qui lui ressemblent.

Je trouvai, un soir, le président Hénault chez Mme la duchesse de Villars. Il tint à m'exprimer tout le goût qu'il ressentait pour certains de mes couplets, et en particulier pour celui que j'avais adressé à Mme de Mailly, dont il fit la fortune. Je me rappelle que je lui répondis en riant : « Flore, les Zéphirs, quinze ans et une jolie mine, avec ces ingrédients-là, qui ne ferait un agréable couplet, surtout si le président Hénault y mettait la main? » Ce que c'est pourtant que le bonheur! sans cette bagatelle, je n'aurais jamais écrit pour ma divine amie, Mme de Périgord, cette chanson des mamans, qui me donne toujours une petite tentation d'amourpropre quand, tournant mes regards vers celle que j'ai tant regrettée, je lui chante encore : Enfants de quinze ans.

À l'époque où je suis arrivé, je ne faisais plus de vers, mais j'avais résolu de consacrer tous mes travaux à finir mes Discours sur l'histoire, et à publier ceux qui étaient déjà en état de paraître. Pendant le voyage de Fontainebleau de 1773, j'avais sollicité et obtenu de M. le Dauphin, par l'entremise de M. de Montmorin, l'autorisation de faire imprimer mes premiers discours sur la Justice et sur la Fermeté. Je croyais qu'il était temps de rendre à la mémoire du prince, dont ces essais expriment les vues, l'hommage de ce respect tendre et de cette admiration sentie qu'il mérita à tant de titres : on aime à recueillir les monuments qui rappellent les grands hommes. Mes deux discours sont plus qu'une médaille présentant à la postérité les traits du visage de feu M. le Dauphin : ils le montrent tel que l'ont connu ceux qui furent assez heureux pour admirer de près les nobles qualités de son âme et les vastes connaissances dont il avait orné son esprit. Ils contiennent la théorie des principes que j'ai tâché ensuite de

développer par l'expérience que F histoire nous fournit dans tous les siècles. Je puis citer, parmi ceux qui les ont lus, M. de Montesquiou, M. de M ontmorin, M. l'abbé de Radonvilliers, M. Bertin, le duc de Noailles et plusieurs autres qui m'ont semblé en souhaiter sincèrement la publication.

J'avais déjà l'approbation du censeur, la permission du Roi et Tordre de M. le duc d'Aiguillon; de plus, Sa Majesté m'avait accordé l'honneur d'en faire tirer trois mille exemplaires; mon manuscrit était à l'imprimerie des Affaires étrangères et on en commençait l'impression, lorsque M. de la Vauguyon, qu'il fallait toujours que je trouvasse dans mon chemin, jeta feu et flammes et prétendit qu'il désirait lui-même, avant tout, donner une édition complète des ouvrages composés sous les yeux de son père pour l'éducation des princes. Il comptait que mes deux discours feraient partie de cette collection, et ne consentait à me laisser publier mon édition particulière qu'après que la sienne aurait paru; il m'arrêta un jour, dans les appartements de Versailles, pour me le signifier; me menaça de se plaindre à M. le Dauphin et de me faire faire, par lui et par Mme la Dauphine, des défenses d'aller plus loin. Je ne voulus pas m'exposer à sa colère; je le priai de se hâter, et lui promis encore de l'attendre.

M. de la Vauguyon me traîna, non pas six mois, mais près de deux ans. Pendant ce temps, voici ce qui arriva : !• M. le comte de Vergennes (i) fit révoquer l'ordre que j'avais du Roi (2), et obtint que mon édition serait réduite de trois mille exemplaires à quinze cents : premier échec que j'essuyai; 2° M. du Perron demanda la suppression de

(1) Charles Gravier, comte de Vergennes, né à Dijon en 4717, mort en 4787, fut ambassadeur en Turquie, puis en Suéde, et ministre des affaires étrangères de 4774 à 4787.

(2) Louis XV.

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