‹ Mes souvenirsChapitre 169 sur 207 · PRÉSENTATION DE MON DISCOURS SUR LA JUSTICE · texte numérisé non relu

PRÉSENTATION DE MON DISCOURS SUR LA JUSTICE

je lui proposais pour les douze cents exemplaires destinés au public, et n'en prit que quarante. Mais, deux jours après, dès le matin, ses garçons de magasin arrivèrent avec une voiture, car il ne lui restait pas une seule des brochures que je lui avais cédées. Ils enlevèrent tout, et le principal d'entre eux signa un reçu contenant mes conditions.

Mon traité sur la Justice ainsi que mes Devoirs du Prince furent traduits en plusieurs langues, notamment en hollandais par le célèbre jurisconsulte Elias de Lusac, de Leyde, un de mes amis, avec lequel, depuis plus de vingt ans, j'entretiens la plus libre .et la plus attrayante correspondance. Je lui ai fait part de tous mes ouvrages ; il m'a envoyé tous les siens, et c'est avec le plus grand plaisir que j'ai lu, dans le volume qu'il a écrit sur la richesse de la Hollande, page 201 : « Toute constitution qui, dans l'évidence du danger, est obligée d'attendre des ressources incertaines, est essentiellement vicieuse. » Puis, en note, au bas de tapage : « Voilà une très judicieuse réflexion de M. Moreau, que V histoire de tous les temps a vérifiée. Elle est tirée du Discours de la Justice, un des meilleurs ouvrages que la France ait produits. »

Il est à remarquer que je n'ai jamais vu ce savant. Il m'avait pourtant offert un asile chez lui pendant cette épouvantable révolution, cause de tous les malheurs de ma patrie. Hélas t je ne sais si nous nous rencontrerons quelque jour : sur cela notre vœu a toujours été uniforme et réciproque.

Mon Discours sur la Fermeté, quoiqu'il eût été remis, comme je l'ai dit, dès 1768, entre les mains des Princes, ne fut pas imprimé avec le Discours sur la Justice. Quiconque le lira, en sentira les raisons : il eût alors accusé le règne du roi Louis XV qui venait de finir et qui, malheureusement, a été remplacé par un gouvernement plus faible encore.

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