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CHAPITRE XX

Opinion du duc d'Aiguillon sur Louis XV. — Les fonds secrets. — M. Bertin et M. de Monteynard. — De Pange, trésorier. — Projet d'abdication. — Louis XIV et M. de Ponchartrain. — M. Lenormand d'Étiolles. — Mme de Monrable, ancienne cuisinière. — Présentation à la cour de la vicomtesse du Barry. — Fontette et Mme de Langeac. — Le duché de Pecquigny. — Épitaphes infâmes. — Maladie de Mesdames, filles du Roi. — Chanson sur leur convalescence. — Le clou mal placé. — Laujon, homme de lettres. — Histoire de M. et de Mme de Giac. — Pietas superstes. — Louis XV et le prince de Condé. — Actions de grâces et réflexions philosophiques.

M. le duc d'Aiguillon, s'entretenant un jour avec moi du feu roi, s'exprimait ainsi : « C'était un homme qui, sans beaucoup d'esprit, avait un jugement droit et une telle habitude des affaires qu'il voyait ordinairement très juste. Dans certains conseils où les ministres dissertaient à perte de vue sur l'état de l'Europe ou les intérêts de ses princes, il avait l'air distrait et dormeur; mais tout à coup, sortant de là, il s'écriait : « Vous venez tous de battre la campagne; il n'est point question de ceci ou de cela, ce n'est pas de telle manière qu'ils agiraient; voici, au contraire, ce qu'ils feraient. ..met il devinait toujours bien (1) . »

(1) De son côté Louis XV appréciait beaucoup son ministre; Moreau nous en donne la preuve dans son Journal :

Mercredi, 2 février 1774, jour de la Chandeleur. — J'ai été chez Sémonin, à Versailles, avec qui j'ai longtemps causé nouvelles. Il m'a appris la manière gracieuse dont le Roi avait traité le duc d'Aiguillon en lui annonçant le nouveau département qu'il lui donne : « Vous ne l'avez que par intérim, lui a-t-il dit, mais je vous déclare que je serai très difficile sur le choix de votre successeur. » Ce fut

Pour ma part, je trouve que c'était un roi faible, bon homme, suffisamment spirituel pour être très aimable, mais incapable de résister à ses ministres. Voulant être indépendant d'eux dans les manières de jouir de la vie, et aimant la possession privée d'un pécule séparé des finances de l'État, il avait soustrait à la finance et aux formes qui la règlent les revenus de la Dombe,le produit d'une place de fermier général et différents contrats sur le Languedoc. M. Bertin était le tripotier de tout cela; bien des dépenses confiées à Beaujon (1) se payaient sur ce fonds. Voilà ce que tout le monde a su, et ce qui, par la suite, donna lieu au procès qu'eut ce ministre avec Le Sueur, son commis, lequel avait été chargé, sous lui, de cette manutention et avait pris environ 200,000 livres. Toutefois, M. Bertin n'était pas le seul tripotier : lors du ministère de M. de Monteynard et pendant la faveur de Mme du Barry, le Roi avait trois millions en billets de l'extraordinaire des guerres, qui se renouvelaient tous les ans, en y ajoutant les cinquante mille écus d'intérêt. De Pange aidait son crédit de ces fonds ; mais le propriétaire était le Roi, et M. de Monteynard servait d'intermédiaire entre Sa Majesté et le trésorier.

Le trait suivant a été conté, par ce ministre, à la personne très véridique qui me l'a rendu : « Un des derniers jours de l'année, M. de Monteynard (2), venant de faire renouveler les billets de M. de Pange, et ayant reçu du

dimanche au soir, 30, que le Roi le nomma au sortir du Conseil. J'ai été voir M. et Mme d'Aiguillon qui m'ont accueilli. Toute la terre était chez eux. Le ministre a l'air honnête et très affable; Mme d'Aiguillon, le contentement même.

(4) Riche banquier; fonda à Paris l'hôpital qui porte son nom.

(2) M. de Monteynard quitta le ministère le 28 janvier 4774. — C'est ce matin, à dix heures, que M. de la Vrillière a été à Paris, chez M. de Monteynard, lui demander sa démission de la part du Roi. (Journal de M or eau, 28 janvier 4774.)

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