‹ Mes souvenirsChapitre 173 sur 207 · ANECDOTES SUR M™ DU BARRY · texte numérisé non relu

ANECDOTES SUR M™ DU BARRY

fille venait souvent la voir et dîner avec elle. Un jour, elle l'envoya prévenir de se faire brave parce qu'elle lui amènerait le duc d'Aiguillon l'après-midi. Ds arrivèrent en effet : « Oh! dame, dit la bonne femme quand ils furent partis, je lui ai bien rivé son clou. — Comment cela? — Ilt m'a demandé si je n'étais pas bien aise d'avoir une aussi belle fille que ça. Je lui ai répondu, moi, que j'aurais été bien plus aise d'en faire deux, parce que j'en aurais gardé une pour moi. N'était-ce pas bien répliqué, ça?»

Non contente de se voir présentée officiellement à la Cour, Mme du Barry voulut que le Roi étendît cette faveur à d'autres membres de sa famille. Sa nièce, la vicomtesse du Barry, y fut menée, le 1èr août 1773, par elle, par Mme la duchesse de Laval, par Mme la marquise de Montmorency et par Mme de Crenay. On prétend que l'on donna, pour cela, quinze cents louis à Mme de Montmorency.

Un témoin oculaire a rapporté que le chancelier de Maupeou, assistant une fois à la toilette de Mme du Barry, lui avait dit publiquement : « Vous m' étonnez tous les jours, Madame : Vous n'avez été occupée que du soin déplaire, et vous connaissez et l'histoire, et les lois, et le droit public de ce paysci mieux que tous nos magistrats. Chaque fois que je vous vois, j'apprends de vous, en vérité, des choses que j'ignorais moimême. » Mme du Barry ne lui rendait pas le même respect et disait de lui : « // m'amuse ce petit chancelier, il est charmant avec son petit visage de m... » A propos de ce visage, Paris l'avait nommé : « Tyran le Jaune. »

M. le Dauphin et Mme la Dauphine ne pouvaient souffrir la dame d'atours de Madame Adélaïde, Mme de Narbonne (i), dont l'ancien péché était d'avoir voulu, par sa

(1) Dans l'entrevue que la Reine eut avec ses tantes à Viry, elle parla à toutes leurs dames, mais pas un mot à la favorite de Madame Adélaïde. (Journal de Moreau, 20 juin 1774.)

maîtresse, les décider à manger avec Mme du Barry, à la table du Roi (1). Le malheureux Louis XV s'était aussi mis en tête d'engager les plus grands seigneurs de la Cour à souper chez elle. Le duc d'Orléans n'y vint, pour la première fois de sa vie, que le 29 janvier 1774. Quant au maréchal de No aille s, il ne se prêta nullement à cette fantaisie, et eut le courage de forcer Louis XV à se le tenir pour dit. Il ne soupa avec la du Barry que quand le Roi lui fit l'honneur de l'en prier, et Sa Majesté, qui le traitait familièrement, lui ayant un jour demandé s'il connaissait les convives qu'il lui donnait : « Non, Sire, répondit-il, je ne les vois nulle part ailleurs; et, en vérité, tous ces grands seigneurs n'ont jamais soupe en bonne compagnie que quand et parce que vous les faites souper avec vous. »

Malgré l'humeur caustique que l'on prêtait au maréchal de Noailles, je crois avoir bien défini son caractère dans ce quatrain :

Léger en apparence et solide en effet,

Il a plus d'un défaut, mais il n'a pas un vice ;

Et son cœur prépare un bienfait,

Quand son esprit médite une malice.

J'ai su par lui une bonne histoire que Mme du Barry lui avait contée elle-même; c'est celle de la bonhomie de M. de Fontette qui, pour avoir la charge de chancelier de M. le comte de Provence, s'était laissé escamoter soixante

(1) Le fameux souper qui devait se faire à Gompiègne, le jeudi 15 de ce mois, et où Mme la comtesse du Barry devait être admise à manger avec toute la famille royale, n'a pas eu lieu. C'était Mme la comtesse de Narbonne, dame d'atours de Madame Adélaïde, qui, séduite par de magnifiques promesses, s'était engagée à déterminer les princesses à cette réunion. On assure qu'elle avait réussi, et que Mme la Dauphine même avait été déterminée, mais que M. le Dauphin s'est montré inflexible, qu'il a même mis à son refus une humeur marquée, en ajoutant que Mme la Dauphine n'était pas faite pour manger avec une p , et qu'il ne le souffrirait jamais. (Anecdotes piquantes de Bachaumont, Mairobert, etc., 22 juillet 1773.)

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