‹ Mes souvenirsChapitre 174 sur 207 · ANECDOTES SUR M*K DU BARRY. 3Ï · texte numérisé non relu

ANECDOTES SUR M*K DU BARRY. 3Ï

mille francs par Mme de Langeac (i). Mme du Barry s'intéressait à Fontette et sollicitait pour lui cette place. Elle apprend que Mme de Langeac Ta fait accorder à un autre qui a consigné cinquante mille francs; elle envoie chercher le duc de la Vrillière et lui recommande son protégé de manière à ne point être refusée. Le ministre rap-

(1) Mme de Langeac, autrefois la Sabbatin, veuve de M. de Langeac, mort le 9 janvier 1768, était alors la maîtresse du duc de la Vrillière. Elle avait entre autres, un fils et une fille au sujet desquels Moreau raconte ce qui suit dans son Journal :

17 avril 1774. — Aujourd'hui le Roi a signé le contrat de mariage du marquis de Chambonas avec Mlle de Langeac.

27 avril. — Le mariage de Mlle de Langeac, quoique le contrat en ait été signé le 17, n'a point encore été célébré; il rencontre des obstacles. M. l'archevêque n'a point voulu donner dispense de bans; on prétend que M. le prévôt de Paris (M. de Boulainvilliers), tuteur de M. de Chambonas, qui n'a que vingt et un ans, a formé opposition, que M. de la Vrillière a été le trouver, que le tuteur a cité les Biron dont le duc s'est fait fort, mais qu'ensuite M. de Boulainvilliers s'en est allé à une terre de Picardie. D'autres disent que M. de Boulainvilliers a fait lui-même le mariage. Mme de Jonsac, proche parente du jeune homme, prétend que c'est un très mauvais sujet, mais que Mme de Langeac, voulant absolument que sa fille soit mariée, s'est empressée de bâcler eette affaire. Les Biron ont crié; on a dit tout haut que personne de la famille ne verrait la jeune femme. Mme de Langeac a dit : « Elle verra du moins Mme de Seignelay et Mme de Lordat, car elles Vont promis. » Le prévôt de Paris est venu trouver Mme de Jonsac et lui a demandé si cela était vrai. Celle-ci a répondu : « Non, car ces dames ont au contraire promis de ne la jamais voir et tiendront parole. »

2 mai. — Mme de Langeac n'a point encore marié sa fille : les oppositions au mariage subsistent toujours. On dit qu'elles ont été faites par le tuteur, mais vraisemblablement on n'est pas pressé de finir dans ce moment critique, où le danger du Roi tient toutes les fortunes incertaines.

Mme de Langeac ne peut souffrir M. d'Aiguillon. Ces jours passés, en causant avec un homme de la Cour qui lui disait : « Je voudrais que, sur cela, vous consultassiez quelques honnêtes gens, » elle répondit : « Qu'appelez-vous des honnêtes gens? Je n'aime que les fripons. Ah! mon Dieu, je me rétracte, car il y en a un que je ne puis souffrir, c'est ce duc d'Aiguillon. Quand serai-je assez heureuse pour le voir pendu! Oui, je voudrais que cela fût fait tout à l'heure, et coucher avec le bourreau. »

26 mai. — M. de Langeac a été mils à l'abbaye en prison, pour six mois, par jugement de MM. les maréchaux de France. Il voulait

porte tout à sa maîtresse, qui demande trois fois vingtquatre heures pour obtenir le désistement de son candidat. Elle en profite et se hâte de faire à Fontette la proposition de lui remettre soixante mille francs. Celui-ci, incertain et timide, y consent, et la Langeac va dire en pleurant au duc de la Vrillière qu'il ne doit point se brouiller avec Mme du Barry, qu'elle lui sacrifie son homme. Le duc admire le désintéressement de cette honnête créature, et donne la charge à Fontette.

La rapacité de Mme du Barry égalait bien celle de Mme de Langeac. Je tiens de la première présidente de Sauvigny qu'un jour la pauvre Mme de Giac (i), dont l'acte de séparation d'avec son mari venait d'être signé (2), avait, en

épouser Mme de Rouhault. M. de Rouhault, son beau-frère, en a dit son avis et a menacé de s'y opposer : de là, des propos et des querelles. Ce n'est pas tout; le petit Langeac a fait à M. de Rouhault une insulte marquée à un souper chez M. de la Vrillière : il lui a tiré sa chaise de dessous lui lorsqu'il voulait se mettre auprès de sa belle-sœur et l'a fait tomber.

2 juin. — M. de la Vrillière vient de renvoyer Mme de Langeac, qui est allée chez Mme de Souvray, en Picardie. Le chevalier d'Arcq avait obtenu, sous le dernier règne, la permission de venir s'établir à Abbeville, où il est, et elle sera à portée de lui. Imaginez que cette folle a écrit une lettre impertinente au comte de Rouhault , et lui a offert une espèce de cartel.

(4) Anne-Josèphe Bonnier de la Mosson, mariée, le 25 février 1734, à Michel-Ferdinand d'Albert, duc de Ghaulnes, né le 31 décembre, 1714, mort en 1769. Elle ruina son mari par ses extravagances, se remaria ridiculement en 1773, à l'âge de soixante-neuf ans, avec M. de Giace, maître des Requêtes, et mourut en 1787.

En sa qualité de duchesse de Ghaulnes, elleavait droit au tabouret : au sujet de son second mariage et d'autres plus indécents encore, le Roi dit plaisamment qu'il y aurait bien des tabourets à envoyer au garde-meuble. (Anecdotes piquantes de Bachaumont, Mairobert, etc.)

(2) Mme de Giac est actuellement jalouse de son mari, très mécontente de sa conduite, et dit le diable de son caractère... Elle est au désespoir de ce qu'elle a fait; son mari, prétend-t-elle, la traite avec une hauteur et une tyrannie insupportables. Elle nous a conté toute l'histoire de son mariage, et une particularité bien singulière, c'est qu'avant de penser à l'épouser, elle lui avait proposé Mlle Daliot, sa

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