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LE COLLÈGE DE BEAUVAIS

un de mes condisciples, fils d'un président à mortier de Toulouse, nommé Caulet de Gramont, nous dévorâme? avec ardeur les mathématiques. Aussitôt après, je me mis à l'histoire, pour laquelle j'ai toujours eu le plus grand goût. Je passai dans ce collège, sous les Rollin (i), les Mésenguy(2), les Coffin(3) et les Crevier(4), beaucoup plus de temps qu'il n'en fallait pour acquérir les connaissances qui me manquaient.

Le souvenir de M. Crevier, régent de rhétorique, m'est toujours resté cher : je lui témoignai affection, respect et reconnaissance; je dois dire qu'il s'attacha véritablement à moi.

Je me rappelle encore ses leçons, et en particulier son parallèle des satires d'Horace et de celles de Despréaux. Toutes celles d'Horace sont des leçons de morale; celles de Boileau, lorsqu'elles ne sont pas des flatteries adressées à Louis XIV, sont les critiques d'un pédant de mauvaise humeur, sentent le greffe à pleine gorge et, qui pis est, un greffe très honnêtement janséniste.

Je conserve dans mon cabinet un énorme portefeuille sous le nom de Miscellanea et lusus juventutis. Il me remémore le plus heureux temps de ma vie; tout délabré qu'il est, j'aime à le parcourir; je ressens, à sa lecture, les

(1) Charles Rollin, célèbre professeur, né en 1661, recteur de l'Université de Paris (1694), mort en 1741.

(2) Philippe Mésenguy, né à Beauvais en 1677, mort en 1763; professeur et écrivain janséniste.

(3) Charles Coffin, né à Buzancy (Ardennes) en 1676, mort à Paris en 1749. Principal du collège de Beauvais, puis recteur de l'Université; publia, en 1727, un volume de poésies latines où l'on remarque une ode, pleine de verve et d'esprit, sur le vin de Champagne ; composa des hymnes qui font partie du bréviaire de Paris : elles ont moins d'éclat que celles de Santeuil, mais plus de simplicité.

(4) Jean-Baptiste-Louis Crevier, historien français, né en 1693, mort en 1765, enseigna pendant vingt ans la rhétorique au collège de Beauvais; auteur de nombreux ouvrages.

plaisirs les plus purs dont j'ai joui dans ma jeunesse et qui m'ont sauvé de tant d'autres. Il s'en faut bien que je sois né poète, mais j'ai toujours regardé l'art des vers comme un amusement; on m'apprit, au collège, à rendre ce bel art à sa véritable et primitive destination. Le recueil des pièces fugitives que je projetai dès lors de conserver, commença par celles qui, imprimées sous les auspices et par les ordres de l'Université, flattèrent ma vanité enfantine. J'étais élevé par M. Coffin : on ne sera pas surpris d'y trouver jusqu'à des hymnes que lui demandaient quelques diocèses, à l'exemple de celui de Paris.

Mon père était pauvre et, il faut l'avouer, hors d'état de pourvoir à mes premiers besoins. Tous les prix gagnés .au collège de Beauvais, pendant deux ans de rhétorique, ne me valaient pas un sol. Dieu vint à mon aide en m'envoyant l'imprimeur Colombat; il faisait alors, pour la cour, almanachs et étrennes mignonnes de toute espèce (1). Un ouvrage très curieux, qu'il voulait donner au public, était une Histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament, très anciennement représentée par des estampes de bois, dans lesquelles des vers latins ou français accompagnaient chaque tableau. Là, le latin vieillissait; ici, le français n'était plus intelligible. Et moi, heureusement, je me trouvai en état de renouveler tout cela par de meilleurs vers. Colombat m'en chargea; il était bon homme et riche, il me les paya bien.

En 1738, les obstacles que les avocats au Conseil apportaient aux réformes utiles par lesquelles le chancelier d'Àguesseau voulait diminuer les frais ruineux de leurs procédures, l'avaient déterminé à supprimer leurs charges et à en créer de nouvelles. Mon père, qu'il con-

(1) Le nom de cet imprimeur est resté attaché aux petits almanachs qu'il Tendait.

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