M. ROBERT ET M. DE LÉGAL
Plélo (1), tué à Dantzig, en revenant de Copenhague, où il était notre ambassadeur.
M. de Plélo, Breton, fils unique, à ce que je crois, du comte de Mauron, avait épousé Mlle Phélipeaux, fille de M. Phélipeaux (2), seigneur de la Vrillière, et sœur du comte de Saint-Florentin (3), qui fut secrétaire d'État et ministre. Devenue veuve en 1734, elle eut pour tuteur onéraire M. Robert, que M. de Saint-Florentin fit garde des archives du secrétariat d'État.
Ce M. Robert avait une femme de peu d'esprit, un fils d'une jolie figure, qui avait de l'esprit, et une fille imbécile. Quant au comte de Mauron, père de M. de Plélo, devenu veuf, il se remaria à une servante, dont il eut deux garçons.
Mon père m'avait également mené, lors de son arrivée à Paris, chez un M. de Légal, secrétaire du Roi, beau, bien fait et très aimable. M. de Légal avait été autrefois clerc d'un avocat au Conseil dont il avait épousé la veuve, nommée Real, à laquelle ce richard avait fait donation universelle de tous ses biens; celle-ci en fit une pareille à son second mari, en faveur duquel elle dépouilla tous ses héritiers, des collatéraux : deux ou trois neveux et une nièce. Quand elle épousa le jeune Légal, elle était hors
(1) Hippolyte de Bréhan, comte de Plélo, né en Bretagne en 1699, tué, le 27 mai 4734, sous le fort de Weschel-Munde, dans un acte d'héroïsme inutile. Sa femme, Louise-Françoise Phélipeaux, mourut le 3 mars 4737.
(2) Louis Phélipeaux, chevalier, seigneur de la Vrillière, mort le 7 septembre 4725, avait épousé, le 4ar septembre 4700, Louise de Mailly, fille du comte de Mailly et de Marie-Anne de Sainte-Hermine.
(3) Louis Phélipeaux, comte de Saint-Florentin, duc de la Vrillière, né en 4705, mort en 1777. Il fut ministre des affaires générales de la religion réformée en 4725, et ministre d'État de 4764 à 1775. Il avait épousé, le 16 mai 1724, Émilie-Ërnestine de Platen, fille d'Ernest-Auguste, comte de Platen et de l'Empire, chambellan du roi de la Grande-Bretagne à Hanovre, morte le 40 mai 4767.
d'état d'avoir des enfants. Son mari la rendit heureuse et, en fort honnête homme, a toujours cherché à réparer les torts qu'elle avait faits à sa famille. Les neveux de Mme de Légal, bons, mais pauvres gentilshommes d'Auvergne, entrèrent au service et firent chacun leur petit chemin. Ils avaient une sœur de beaucoup d'esprit. M. de Légal, qui travaillait de son mieux à l'avancement des frères, appela Mlle Real auprès de lui, la présenta à sa femme et essaya d'obtenir que la tante se regardât comme sa mère.
J'avais vingt et un ans lorsque je commençai à aller dans cette maison. La vieille tante mourut quelque temps après, et mon père, que son mari aimait beaucoup, me parlait sans cesse des avantages que j'aurais à cultiver cette douce et honnête société. M. de Légal m'affectionnait : en entretenant mon père de ses projets d'établissement, il lui donna quelquefois à entendre que je pourrais devenir son neveu. J'ignore s'il fit les mêmes confidences à sa nièce; ce que je sais, c'est que celle-ci, qui dès ce temps-là m'a témoigné beaucoup d'amitié, était trop habile pour ne pas sentir que, du côté de la fortune, elle pouvait trouver infiniment mieux que moi. Je certifie qu'elle avait raison, car j'ai connu peu de personnes réunissant, à une figure plus agréable, autant de talents pour plaire et autant d'agréments pour s'attacher les meilleurs partis. Si je l'ai bien devinée, je n'ai pu qu'approuver le plan, que vraisemblablement elle forma, d'épouser un homme très riche dont l'opulence fût utile et à elle-même et à ses frères, à qui, quoique plus jeune qu'eux, elle a toujours voulu tenir lieu de mère.
Gomme je n'avais aucun projet de m'établir jusqu'à ce que j'eusse acquis quelque considération dans le monde, je fus. beaucoup plus enchanté que mon père, lorsque
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nous apprîmes, de M. de Légal et de sa très aimable nièce, qu'elle épousait un des hommes les plus riches de Paris : il se nommait M. Masse et était, non directeur de la Monnaie, mais employé en chef dans les opérations de la fonte et du raffinage des métaux. .Les bruits publics portaient sa fortune bien au delà d'un million. Il acheta, en se mariant, la superbe habitation des Ternes, sur le chemin de Neuilly, où, pendant qu'il était à ses affaires, sa femme recevait la meilleure compagnie.
Cette maison fut une de celles que je fréquentai le plus, quand je commençai à être connu. Mme Masse m'invita à la regarder comme la mienne; j'y vis plusieurs fois ses frères et cette société que j'ai conservée jusqu'à l'époque où M. Masse, pour des raisons que j'ai ignorées, vendit ce charmant domaine à M. de Galliffet, le plus riche des possesseurs de l'île Saint-Domingue.
Mes liaisons avec cette famille ont duré longtemps après la mort de M. de Légal. MM, Real et leur charmante sœur furent, en 1755, les confidents de mes premiers écrits : ils lisaient l'Observateur hollandais; ils apprécièrent les Cacouacs ; mes Leçons de morale et mes Discours sur MHistoire ne leur ont point été inconnus. Ils ont su mes démêlés avec les Parlements, et je suis bien certain qu'ils ont pris soin de joindre aux collections de mes ouvrages qu'ils avaient déjà, tous ceux que j'ai depuis fait imprimer par ordre du dernier Dauphin, mort à Fontainebleau.
Je crois qu'ils ont été révolutionnaires comme tant d'autres. S'ils sont bons républicains, je ne suis point étonné qu'ils se déclarent les ennemis du sanguinaire tyran Robespierre, et que ce soit l'un d'eux ce Real (1) qui,
(1) Il y eut bien deux Real qui, pendant la Révolution, prirent part
dans la séance des Jacobins du 23 thermidor, décrivant ce régime de fer, cet état de mort auquel Robespierre semblait avoir condamné la nation, osa demander, pour les écrivains, des garanties sûres et ihdestructibles contre la guillotine.
aux affaires publiques; mais ce ne peuvent être ceux que Moreau avait connus, car ils naquirent seulement, l'un, Dominique-André, conventionnel d'opinions modérées, en 1755; l'autre, Pierre-François, en 1757; ce dernier fut procureur au Châtelet, ami de Danton et accusateur public près le tribunal révolutionnaire ; il se montra opposé aux excès des Jacobins et fut emprisonné. Créé comte en 1808, préfet de police pendant les Cent-jours, proscrit & la deuxième Restauration, il mourut en 1834.