M. DE LÀ TOURNELLE
relégué, vivant en bon seigneur et en bon pasteur. Pendant mes vacances, en Bourgogne, j'ai rarement vu une société plus heureuse que celle dont l'évoque d'Auxerre s'entourait, à une époque où il n'avait encore qu'une bonne et excellente gentilhommière, où maîtres, gens et chevaux étaient traités, et longtemps avant que M. de Gicé (1), son second successeur, transformât cette habitation en palais.
Je partis de là, le lendemain de la Saint-Martin 1753, avec Mme de Goulange et sa seconde fille, que j'ai épousée plus tard. Elles allaient rejoindre la vieille Mme de Polastron, leur mère et aïeule, à Verderonne, où Mme d'Andlau, née Polastron, qui, en 1746, avait été exilée à Autun, venait enfin d'obtenir la permission de se retirer.
Ce fut ce même évêque d'Auxerre qui maria Mlle de Ghastellux. Elle ne devait avoir qu'une faible légitime ; le mari qu'il lui donna, M. de la Tournelle (2), était riche. Élevé au collège de Beauvais, il nous paraissait dévot. Son précepteur, M. Desgrigny, lui avait appris du grec et du latin; mais ce jeune homme était fou, et sa mère elle-même était assez folle pour se croire bien honorée d'avoir épousé le cousin germain de cette Mme de la Tournelle, qui a été depuis Mme de Ghâteauroux, née Mailly (3), car, pour elle, elle n'était que fille de M. Bâillon.
Voilà donc le mariage fait. La comtesse douairière de
(1) Né le 10 février 1725, préconisé pour Auxerre le 2 janvier 4761, mort à Halberstadt le 16 novembre 1805.
(2) Jean-Baptiste-Louis, marquis de la Tournelle, né à Leugny (Yonne) le 14 août 1733, mort à Paris le 11 janvier 1802. Il épousa Mlle de Ghastellux le 12 février 1749.
(3) Marie-Anne de Mailly, duchesse de Ghâteauroux, de la maison de Nesle, épousa, en 1734, le marquis de la Tournelle. Veuve à vingttrois ans, elle inspira une vive passion à Louis XV, devint favorite en titre, et mourut en 1744.
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ChastelJux était enchantée et se croyait déjà une seconde fois grand'mère. Le petit de la Tournelle s'aperçut bientôt que sa belle-mère le traitait un peu en enfant et n'eût pas été fâchée de le gouverner comme, en effet, il en avait grand besoin. Il lui prend fantaisie d'emmener sa femme dans sa belle terre de la Tournelle : elle produisait alors mieux de trente mille livres de rente en bois. Là, il eut fait des siennes. On lui résiste; le petit bonhomme s'entête, dit : Je veux, et la pauvre Mme de Ghastellux suit le conseil ridicule que lui donne son frère, M. de Fresnes : c'était d'envoyer chercher un commissaire, dont les fonctions irritèrent beaucoup le petit de la Tournelle et ne l'empêchèrent pas de partir.
Cette fausse démarche acheva de nous faire perdre le respect dont nous n'aurions jamais dû nous écarter. En grands enfants que nous étions, mon ami et moi, nous composâmes, sur cette équipée, des chansons qui eussent pu figurer dans un opéra-comique, et que la bonne Mme de Ghastellux m'a pardonnées du reste.
Mais il me faut arriver à l'un des événements les plus douloureux de mon existence, c'est-à-dire à la mort du comte de Chastellux, survenue en 1749. Il était à Fresnes, auprès de son grand-père, quand il fut pris d'une attaque de petite vérole à laquelle il succomba. Ce malheur abattit le courage du chancelier d'Aguesseau, qui ne voulut plus remettre les pieds dans cette terre. Je ne puis assez dire combien je le pleurai, et c'est autant pour obéir à mon cœur qu'au désir de sa famille que je fis l'épitaphe suivante :
A la mémoire de haut et puissant seigneur César-François, comte de Chastellux, Vicomte d'Avallon, baron de Quarrè, Seigneur de Bossancourt, Ollancourt} etc.,