CHAPITRE III
J'exerce ma profession d'avocat. — M. Thuillier veut me faire épouser sa fille. — L'avocat Ligier. — Conférence sur le droit et la jurisprudence. — M. de la Houssaye. — Bernard l'Omelette. — M. de Coubert. — Samuel Bernard. — Sa famille. — Le président de Rieux. — Le président Mole épouse la fille de Samuel Bernard.
— Le maréchal de Brissac et son frère. — Banqueroute de Bernard l'Omelette et de son fils. — Le garde des sceaux Chauvelin.
— Vente de la terre de Grosbois. — Anecdote sur Bernard. — Voyage à Coubert. — Le jeune Montyon. — Olivier de Sénozan.
— Querelles du Parlement et du clergé sur la Constitution. — Lettres à mylord ***. — Tholignan. — M. de Malesherbes. — Le premier président Castanier d'Auriac. — Remontrances des comédiens français au Roi. — Mort de mon père. — M. de Maupeou.
— Affaire de messire Jean Lebeau. — Lettre du chevalier de *** à M. ***, conseiller au Parlement. — Le vieux procureur général de Fleury. — Les Cacouacs. — Jansénistes et philosophes.
J'avais commencé à plaider en 1746. Je faisais la profession d'avocat avec quelque succès, mais je la faisais encore avec plus d'agrément parce que, libre et garçon, logé et nourri chez mon père, je conciliais avec un travail que j'aimais le plaisir des belles-lettres, que je n'ai jamais négligées, et les charmes de la société, que j'ai goûtés, dans ma jeunesse, de la manière la plus vive. J'étais le matin au Palais ; je travaillais l'après-midi chez moi; et à huit heures du soir, j'oubliais les affaires comme si elles n'eussent jamais existé. Je soupais dans les meilleures et les plus agréables compagnies, sans autres vues, sans autre objet que de m'y amuser de la meilleure foi du monde.