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PROJET DE MARIAGE

A cette époque, un certain M. Thuillier, autrefois avocat au conseil et grand géomètre, mais très bon chrétien, demeurait à la Croix des Petits-Champs. Sa femme était un assez mauvais sujet; elle avait une fille que, dès 1744, elle avait feint de vouloir me donner en mariage. Mon père habitait alors le deuxième étage de cette maison, dont le propriétaire n'eût pas mieux demandé que de se débarrasser à la fois et de sa femme et de sa fille. Il comptait sur mon goût pour l'étude et sur les talents qu'il me croyait pour le barreau. Très sérieusement, il me proposa Mlle Thuillier; nous nous vîmes même chez de bonnes filles de mon pays qui occupaient le quatrième étage.

Mlle Thuillier ne me plaisait point; j'aurais désiré l'aimer; mais les bonnes mesdemoiselles Beauvais, nièces du célèbre oratorien nommé le père la Flamme, avaient beau me faire l'éloge de ma grosse future, à laquelle son père ne donnait que douze cents livres de rente, je ne fus nullement tenté de cette affaire. Dans ces circonstances, un janséniste connu, M. Blin, s'étant présenté pour accepter les offres du père, je trouvai, un jour, porte fermée chez Mlles Beauvais, et me vis ainsi moi-même bien débarrassé.

J'ai rencontré, depuis, ce M. Blin à la suite des convulsionnâmes que M. de Chamousset (1) me montra en 1753; il était alors secrétaire de Mme la comtesse de Brionne et déjà veuf. Son fils, habile helléniste, a été l'ami et l'un des instituteurs des enfants de ma nièce Lavitte ; je l'ai retrouvé aux Récollets, lorsqu'au mois de mars 1794 j'y fus emprisonné.

Quand je débutai dans ma profession, il existait, rue

(1) -Clément-Humbert Piarron de Chamousset, philanthrope, né à Paris en 4747, mort en 1773. Il consacra sa fortune au service des pauvres et des malades.

de Savoie, paroisse Saint-André des Arts, un vieil avocat, du nom de Ligier, bien attaché au chancelier d'Aguesseau. Sa femme, chez qui les deux jeunes Ghastellux avaient souvent dîné avec moi, me prit en affection. Le bon M. Ligier me conseilla, en 1746, d'ouvrir une conférence sur le droit et sur la jurisprudence ; par là je devais m'instruire moi-même et recevoir, de plusieurs très jeunes fils de magistrats, des émoluments, en attendant que mon travail m'en procurât au barreau.

Il m'indiqua M. de la Houssaye, intendant des finances, et je devins le répétiteur de son fils, qui à peine avait fini ses études de droit. Mais celui dont j'espérai le plus et dont je tirai le moins fut Bernard l'Omelette (1), fils aîné de Samuel Bernard et surintendant de la maison de la Reine. Son fils aîné portait le nom de sa propriété de Coubert; il avait beaucoup d'esprit, mais était très libertin, et alors passablement mauvais sujet. Il avait pour sœurs la présidente de Lamoignon, mère du dernier garde des sceaux de ce nom que l'on a trouvé mort à Baville, Mme de Chabannes, Mme de Courtomer et une dernière fille. Mlle de la Coste, leur mère, et toute cette famille, à l'exception de la présidente de Lamoignon, avait beaucoup de religion; mais le père, espèce d'imbécile, et son frère, le président de Rieux, qui ne l'était point, s'étaient tellement endettés avec des usuriers que le vrai Samuel Bernard, leur père (2), avait pris le parti de se remarier avec Mlle de Saint-Chamand; il en avait eu une fille, qui avait épousé le président Mole (3). Celui-ci eut

(4) Ainsi appelé à cause de sa plaque dorée. (Note de Moreau.)

(2) Célèbre traitant, né à Paris en 4651, mort en 1739; avait amassé une fortune évaluée à 33 millions d'après les uns, à 60 milions d'après les autres.

(3) Mathieu-François Mole, marquis de Méry-sur-Oise , premier

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