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CHAPITRE IV

Le maréchal de Noailles. — Les Noailles et les Jésuites. — Hostilités des Anglais contre la France. — Plan du maréchal de Noailles.

— M. Rouillé, ministre des affaires étrangères. — Mission confiée par le Roi. — L'Observateur hollandais. — L'abbé de la Ville. — On me choisit comme avocat dans les conseils du duc de Gramont et du maréchal de Noailles. — Le Précis des faits. — Portefeuille du général Braddock. — Saint-Simon, évêque de Metz. — Démêlés du Grand Conseil et du Parlement. — Le chancelier de Lamoignon. — M. de Silhouette, contrôleur général des finances.

— Je suis attaché au ministère des affaires étrangères. — Mes fonctions.

Dans les six mois qui s'écoulèrent entre ma Lettre du chevalier et les Cacouacs, j'acquis un protecteur auquel je dois tout : je veux parler de l'un des plus honnêtes hommes qui aient jamais habité la cour , du vieux maréchal de Noailles (i); il s'occupa très sérieusement de ma fortune et me conduisit, pas à pas , dans des routes qu'il connaissait à merveille et qui , sous le règne de Mme de Maintenon, firent de lui, non ce qu'il était déjà, le meilleur des serviteurs du Roi, mais le plus puissant et le plus

(1) Adrien-Maurice, duc de Noailles, maréchal de France, né à Paris le 26 septembre 1678, mort à quatre-vingt-huit ans, en 1766. Il fut gouverneur du Roussillon, président du Conseil des finances en 1715, membre du Conseil de régence en 1718; prit part à la bataille de Philipsbourg, au siège de Mantoue et à la bataille de Fontenoy; fut ambassadeur en Espagne et ministre d'État. Il avajt épousé, le lw avril 1698, Françoise-Charlotte- Amable d'Aubigné, nièce et héritière de Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon.

accrédité des ministres de cette époque. Son père, le maréchal de Noailles (1), avait épousé Mlle de Bournonville (2), femme pleine d'esprit et d'une activité infatigable. On dit d'elle, dans les Mémoires du temps, qu'il ne se passait pas un jour sans qu'on vît son carrosse, au moins une fois, sur le pont Neuf. Elle avait fait son beaufrère archevêque de Paris; celui-ci était un janséniste convaincu (3) et n'avait jamais voulu recevoir la bulle Unigenitus (4). Sa famille ne jurait que par lui : je me rappelle avoir entendu raconter que la vieille maréchale, allant un jour féliciter sa belle-fille sur un prétendu accommodement que l'on avait essayé d'arranger entre le cardinal de Noailles et les Jésuites, avait dit gaiement au chancelier : « Monsieur , nous sommes trop heureux que mon beaurfrère leur ait cédé; sans cela, il eût fait des miracles, et nous étions tous perdus. »

Tous ces Noailles, très respectés, excitaient la jalousie des Jésuites, et l'école de Port-Royal , depuis longtemps rivale de cette congrégation, en était devenue la terreur, car lorsque M. Pascal (5) avait publié ses Lettres provinciales, il avait trouvé ou rendu le clergé de France aussi janséniste que M. Arnauld (6).

(1) Anne-Jules duc de Noailles, maréchal de France, né en 1650, mort en 1708.

(2) Elle était fille d'Ambroise-François de Bournonville, dont le duché fut érigé en pairie en 1652, et qui mourut, sans héritier mâle, en 1683.

(3) Louis- Antoine de Noailles, né en 1651, fut archevêque de Paris en 1695, cardinal en 1700, et mourut en 1729.

(4) Six mois avant sa mort, le cardinal de Noailles finit par accepter cette bulle ; le mandement qu'il donna a cette occasion est du 11 octobre 1728.

(5) Biaise Pascal, célèbre écrivain, né à Clermont-Ferrand en 1613, mort à Paris en 1662. Il publia ses Lettres provinciales en 1656 et 1657.

(6) Antoine Arnauld, né en 1612, embrassa l'état ecclésiastique, se fit recevoir docteur en Sorbonne en 1643, prit parti avec une ardeur

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